Violence conjugale et aliénation parentale

 

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Simon Lapierre et Isabelle Côté, du collectif de recherche FemAnVi, ont réalisé durant l’été 2015 une recherche afin d’évaluer les accusations d’aliénation parentale à l’égard des femmes victimes de violence conjugale. Cette étude qualitative et quantitative a été réalisée dans plusieurs maisons d’hébergement à travers le Québec, en partenariat avec le Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale. La Fédération des maisons d’hébergement pour femmes et Action ontarienne contre la violence faite aux femmes se sont jointes ensuite au projet.

Alors que les fondements théoriques et empiriques du concept d’aliénation parentale sont remis en question par plusieurs chercheur.e.s, ce concept est non seulement utilisé contre les victimes de violence conjugale au Québec mais le phénomène est même en augmentation. En effet, la recherche de FemAnVi a montré que les accusations ou menaces d’accusation formulées dans la dernière année de leur étude, représentaient près de la moitié de toutes les accusations ou menaces d’accusations formulées au cours des cinq années précédentes. Les accusations ou menaces d’accusations provenaient essentiellement des intervenant.e.s en protection de l’enfance, des conjoints ou ex-‐conjoints violents, et des intervenant.e.s dans le système judiciaire ou en droit de la famille.

Le Collectif de recherche féministe FemAnVi, le Réseau québécois en études féministes (RéQEF) et l’Institut de recherches et d’études féministes de l’UQAM ont organisé un colloque le 26 avril 2018 à Montréal intitulé « L’aliénation parentale : une menace pour les femmes et les féministes ? » à l’Université du Québec (UQAM). Les conférencières et conférenciers ont fait le point sur le concept d’aliénation parentale et ses manifestations en Europe et au Québec, tout en établissant des liens avec l’antiféminisme. Ce forum visait à lutter contre ce concept, éviter les dérives présentées par les chercheur.e.s européen.ne.s et à freiner celles observées au Québec.

Des capsules pédagogiques ont été réalisées lors de ce colloque, elles sont désormais accessibles sur le site du RéQEF, sur YouTube. Tout le forum n’a pas été capté ; des intervenant.e.s ont préféré ne pas être filmé.e.s. Les échanges avec la salle sont également restés confidentiels, des mères étaient présentes, leurs témoignages ont confirmé les constats des chercheur.e.s et intervenantes en maisons d’hébergement. Nos co-fondateurs Pierre-Guillaume Prigent et Gwénola Sueur ont réalisé une communication, sollicité.e.s par Isabelle Côté et Simon Lapierre. Ils ont réalisé une recherche exploratoire afin de mieux appréhender le phénomène.

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Voici les vidéos. Attention, elles peuvent être réactivantes.

  • Isabelle Côté et Francine Descarries ont ouvert le forum.

  • Mélissa Blais a ensuite présenté Richard Gardner, l’inventeur de cette pseudo théorie.

  • Gwénola Sueur et Pierre-Guillaume Prigent sont revenus sur l’histoire et l’usage du syndrome d’aliénation parentale contre les mères séparées et divorcées en France.

  • Marie Denis a fait le point sur la situation en Belgique.

  • Simon Lapierre et Patrick Ladouceur ont présenté une analyse documentaire et le point de vue d’experts sur la question.

  • Enfin des intervenantes en maisons d’hébergement ont montré que l’utilisation du concept l’aliénation parentale était une stratégie d’occultation de la violence masculine (Alexandra Vincent, Maison l’Escale pour Elle ; Clémence Champagne, Maison La Traverse ; Danielle Mongeau, Maison Dalauze ; Marie-Josée Lefebvre, Maison Unies-Vers-Femmes).

Le 28 août 2018, lors du huitième Congrès International des Recherches Féministes dans la Francophonie (CIRFF) à Nanterre, Michèle Frenette, Patrick Ladouceur et Simon Lapierre ont exposé de nouveau les résultats de leur étude, dont l’objectif général est d’analyser les discours et les processus par lesquels des femmes victimes de violence conjugale sont accusées d’aliénation parentale. Il s’agit d’un phénomène récent au Québec par rapport à d’autres pays comme la France où le concept est arrivé dans les années 90. L’accent a été mis sur les liens entre l’aliénation parentale et la violence conjugale, tels que présentés dans les politiques et dans les propos d’informatrices et d’informateurs issus des secteurs de la violence conjugale, de la protection de la jeunesse et du droit de la famille.

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Le lendemain, Manon Monastesse (directrice générale de la Fédération des maisons d’hébergement pour femmes) a réalisé une communication sur : « Quand l’aliénation parentale occulte la violence envers les femmes et leurs enfants : enjeux de reconnaissance de droit des femmes dans nos sociétés patriarcales ». Elle a montré comment les maisons d’hébergement doivent depuis ces dernières années faire face et s’adapter à la stratégie utilisée par les acteurs du système judiciaire au Québec, qui est d’invoquer le concept d’aliénation parentale afin de miner la crédibilité des femmes/mères violentées.

Le Réseau International des Mères en Lutte

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Abusive Endings : Separation and Divorce Violence against Women (2017)

We invite you to read Abusive ending, which we have read since it was published in 2017.

 

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Written in a highly readable fashion, this book, Abusive Endings : Separation and Divorce Violence against Woment (2017) will be a resource for researchers, practitioners, activists, & policy makers.

It offers a thorough analysis of the social-science literature on one of the most significant threats to the health and well-being of women today—abuse at the hands of their male partners.

The authors, Walter DeKeresedy , Molly Dragiewicz and Martin D. Schwartz provide a moving description of why and how men abuse women in myriad ways during and after a separation or divorce. The material is punctuated with the stories and voices of both perpetrators and survivors of abuse.

Dr. DeKeseredy was awarded the American Society of Criminology’s Division on Critical Criminology’s Critical Criminologist of the Year Award in 1995. Most recently, Dr. DeKeseredy was awarded the 2008 Lifetime Achievement Award from the American Society of Criminology’s Division on Criminology.  Dr. DeKeseredy has authored or co-authored 15 books on topics such as woman abuse, crime on poverty in public housing, and women in conflict with the law.

Molly Dragevitz, is a criminologist. In Equality with a Vengeance : Men’s Rights Groups, Battered Women, and Antifeministe Backlash (2011) she investigated efforts by fathers’ rights groups to undermine battered women’s shelters and services, in the context of the backlash against feminism. She examined the lawsuit Booth versus Hvass, in which fathers’ rights groups attempted to use an Equal Protection claim to argue that funding emergency services that target battered women is discriminatory against men.

In 2018 she writes an other very interesting article (with Michael Salter, Jean Burgess and Bridget Harris) :  » Technology facilitated coercive control: Domestic violence and the competing roles of digital media platforms « . It describes domestic violence as a key context of online misogyny, foregrounding the role of digital media in mediating, coordinating, and regulating it; and proposing an agenda for future research. We have diffused this article on Twitter with the #TFCC.

Prof. Schwartz is a criminologist . Most of his publications are in the area of violence against women, including sexual assault, physical assault, sexual harassment, and child sexual assault.

 

Le Réseau International des Mères en Lutte

 

 

 

 

La violence post-séparation: qu’est-ce que c’est ?

Afin d’outiller vos procédures et/ou vous guider dans la compréhension de ce que vous vivez ou de ce que vivent les femmes que vous soutenez, nous publions une série de fiches-outil.

Pour plus d’informations, des propositions d’interventions au sein de vos structures ou une demande d’un document en PDF nous contacter au : reseauiml@netcourrier.com

 

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Réseau International des Mères en Lutte, 2018.

 

Les mères en lutte, ces oubliées du projet Schiappa

Le projet de loi français porté par Marlène Schiappa ne répond pas aux attentes des survivantes et de leurs soutiens, qu’ils s’agissent de leurs proches, des bénévoles et professionnels qui les accompagnent, dans des conditions souvent précaires. Le gouvernement avait pourtant annoncé à grand bruit vouloir « sanctionner comme il se doit les auteurs de violences sexistes et sexuelles à l’encontre des femmes et des enfants, et de mettre fin à leur impunité ».

Les grandes absentes de ce projet de loi sont les mères protectrices, ces femmes qui, aujourd’hui, tentent de protéger leurs enfants suite à des révélations de violences paternelles, notamment sexuelles. Ces femmes doivent se confronter à une justice pénale et civile ou à une protection de l’enfance perméables aux théories anti-victimaires qui, plutôt que de les protéger, va les accuser d’être sur-protectrices, fusionnelles et de vouloir éloigner les enfants du père. Au terme de procédures longues, coûteuses et violentes, elles les voient remis à l’agresseur, ou bien placés dans des foyers, en tout les cas séparés d’elles, étiquetées, pour des années, « aliénantes ».

Le premier article du projet de loi élargit les délais de prescription, et laisse espérer à des victimes devenues adultes qu’elles pourront obtenir réparation grâce à la justice (sous condition d’une absence de correctionnalisation, car en effet l’allongement des délais ne s’applique qu’aux crimes…). Mais jusqu’à présent, cette justice s’avère plus souvent complice des agresseurs que protectrice des victimes.

Le rajout d’une circonstance aggravante du délit d’ « atteinte sexuelle avec pénétration » va consacrer la correctionnalisation des viols sur les mineurs de 15 ans. Cette pratique, à ranger parmi les stratégies d’occultation de la violence masculine, est déjà permise en France depuis la loi Perben de 2004. En outre, les enfants vont toujours devoir prouver, malgré cette loi, leur absence de consentement à un acte sexuel avec un adulte. Ils vont ainsi continuer à porter sur leurs épaules la responsabilité du crime lorsque le viol sera requalifié en atteinte sexuelle, ce que l’agresseur cherchait par ailleurs à obtenir en inversant la culpabilité : « tu as consenti à ce qui est arrivé, ce n’est pas un viol ».

L’hypocrisie de cette loi, c’est de faire croire qu’il suffira de mesurettes déconnectées de la réalité pour en finir avec l’impunité des agresseurs, alors que le système a besoin d’être changé en profondeur. Que les intervenant.e.s socio-judiciaires prennent en compte le continuum des violences faites aux femmes et aux enfants (appropriation et contrôle du corps et de la sexualité, contrôle coercitif, corruption de mineurs, agressions sexuelles, viols), que l’ensemble de la chaîne auprès des victimes enlève le sable de ses yeux avec une lecture féministe des violences, pour laquelle céder n’est pas consentir, et pour laquelle les violences trouvent leur origine dans la domination masculine.

Nous exigeons que de telles violences n’arrivent plus, à l’heure où nous écrivons, et que lumière soit faite sur les violences commises, aujourd’hui, au sein des foyers. Que les violences  incestueuses cessent, et qu’on ne se contente plus de saluer avec gêne la force de celleux qui y ont survécu. Mais nous savons qu’il est socialement plus convenu d’honorer le courage de figures que l’on relègue au passé, que de soutenir le combat des enfants qui dévoilent des violences et des mères en lutte, ici et maintenant. La lutte de ces femmes, amorcée en 1999 à Lyon suite à l’incarcération d’une mère pour non-présentation d’enfant, n’a guère évolué en 2018.

Nous soutenons les actions et les initiatives qui viseront à dénoncer la dangerosité et l’insuffisance de cette loi, véritable bouée crevée. Nous estimons que seule une approche féministe, et donc politique, des violences faites aux femmes et aux enfants permettra de les éradiquer et sous condition qu’elle soit accompagnée d’un soutien matériel à celles qui combattent, bien souvent seules, le système patriarcal.

Le Réseau International des Mères en Lutte