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Colloque international sur les violences post-séparation : « L’impossible rupture »

 

Gwénola Sueur, Co-fondatrice du Réseau International des Mères en Lutte / Photographie Simon Lapierre

Un colloque international sur les violences post-séparation en Belgique

La maison d’accueil pour femmes Solidarité Femmes de La Louvière, en Belgique, a fêté ses 40 ans en octobre 2019. À cette occasion fut organisé un colloque international intitulé « L’impossible rupture » les 15 et 16 octobre 2019.

Invité.e.s par Solidarité Femmes nous y sommes intervenu.e.s. Nous avions publié, en septembre 2019, un article : Contrôler les femmes après la séparation ou « l’impossible rupture ». Nous y annoncions cette conférence et présentions des informations sur le contexte belge, ainsi que l’étude d’Emmanuelle Mélan. Emmanuelle Mélan, criminologue, a réalisé des entretiens auprès de femmes. Elle a  complété ses entretiens par un questionnaire. 79 % des femmes sondées déclarent alors encore subir des violences après une séparation, celles-ci pouvant remonter à plus de 5 ans.

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L’impossible rupture. Clés de lecture et chiffres pour penser la sécurité des femmes et enfants dans un contexte de violences conjugales post-séparation, Emmanuelle Mélan

« Les violences conjugales post-séparation affectent un nombre important de femmes et d’enfants et la séparation représente un risque accru de dangerosité  » . Or, les conférences sur les violences après la séparation restent rares. Non seulement peu de chercheur.e.s travaillent sur cette problématique, encore moins avec une analyse féministe. Par ailleurs les médias s’intéressent peu à ces sujets et persistent à ignorer les recherches en cours. Alors que les expertes du Grevio invitent à former l’ensemble des intervenant.e.s auprès des victimes au mécanisme des violences après la séparation, peu de structures offrent des modules de formation, alliant rigueur scientifique et prise en compte de l’expérience des survivant.e.s.

En octobre 2015, l’Université des Femmes de Bruxelles avait abordé cette thématique, en proposant une journée d’étude sur le continuum des violences patriarcales le 14 octobre 2015.

Le continuum des violences patriarcales, 14 octobre 2015, Bruxelles / Photographie Université des Femmes de Bruxelles

 

Au Canada le collectif de recherche FemAnVi avait organisé une conférence internationale intitulée « Perspective internationale sur la violence post-séparation » les 11 et 12 avril 2017 à Ottawa. Des expert.e.s de plusieurs pays s’étaient réuni.e.s afin de réfléchir à la manière de protéger les femmes et les enfants vivant dans un contexte de violence post-séparation. Les constats de l’ensemble des intervenant.e.s se recoupaient et mettaient en avant la négation des violences après la séparation.

La situation française et la complicité institutionnelle avec l’agresseur furent présentées par Pierre-Guillaume Prigent et Gwénola Sueur : « Les mères séparées et leurs enfants face à la stratégie des agresseurs et à la complicité institutionnelle en France« . Illes se sont appuyés sur leur travail de recherche et leur soutien auprès de mères séparées et divorcées.

Plan de leur communication

  • Stratégies des agresseurs (stratégies discursives et législatives des groupes de pères séparées et divorcés en France)
  • Discours masculinistes et lobbying : quels bénéfices pour les hommes violents ?
  • État des lieux des violences post-séparation en France (constats des associations, présentation d’une étude de cas avec le récit d’une mère protectrice accusée d’aliénation parentale)
  • Pistes de réflexion (contrer les discours antiféministes, préconisations françaises)

 

« L’impossible rupture ». Penser la sécurité des femmes et des enfants en contexte de violences conjugales post-séparation

 

Patrizia Romito et Édouard Durand / Photographie RIML
Simon Lapierre / Photographie RIML
Pierre-Guillaume Prigent / Photographie RIML

Les 15 et 16 octobre 2019 plus de 300 personnes ont assisté à ces deux journées exceptionnelles : c’est la première fois en Belgique qu’était organisée une conférence d’une telle ampleur. La conférence fut filmée, une partie des interventions sont désormais en ligne. Nous vous invitons à les découvrir.

Allocutions de : Josiane Coruzzi – Jacques Gobert – Christie Morreale – Nathalie Vandenplas

Josiane Coruzzi

Emmanuelle Mélan

Patrizia Romito

Simon Lapierre

Gwénola Sueur

Pierre-Guillaume Prigent

Denise Tremblay et Louise Riendeau

Caroline Mommer et Caroline Prudhon

Jean-Louis Simoens et Cécile Kowal

Suite à ce colloque la revue L’Observatoire a consacré un numéro spécial aux violences après la séparation. Ce dossier présente « les analyses de plusieurs des intervenants de ce colloque. Démontrant le continuum des violences conjugales au-delà de la séparation, ceux-ci expliquent les stratégies mises en place par les auteurs pour garder leur emprise sur leur ex-partenaire, la manière dont ils utilisent à cette fin leur droit de parent et instrumentalisent leurs enfants ; enfin, ils pointent les idéologies, les valeurs, voire les mythes, tel celui du syndrome d’aliénation parentale, qui persistent et continuent à influer sur les représentations de nombre d’acteurs gravitant autour de ces situations : services psychosociaux, justice, police, … ».

Nous remercions l’équipe de Solidarité Femmes de nous avoir convié.e.s à participer à ce colloque et de leur accueil particulièrement chaleureux à La Louvière.

Le Réseau International des Mères en Lutte

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World Health Organization removes parental alienation from its classification index

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Update of September 20, 2020: since September 2020, the withdrawal of any mention of parental alienation from the International Classification of Diseases (ICD-11) is validated. Indeed, the official version, blue, has just been updated, and no longer makes any reference to this term, as shown in this screenshot.

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Original article :

On 15 February 2020, the WHO declared that it had removed this pseudo-scientific concept from its index and classification (temporary version, orange).

The Italian members of the Facebook group PAS: informazioni e disinformazione were the first to spread the information. They spotted a comment from a WHO team, Team3 WHO, on the page of the Classification devoted to Psychological maltreatment, in response to a remark reminding that parental alienation has no scientific basis.

Team3 WHO declares:

Parental alienation has been removed from the ICD-11 classification as it is a judicial term and issue. Its inclusion for coding purposes in the ICD-11 will not contribute to valid or meaningful health statistics.

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Indeed, when we search, after logging on the site, for the parental expression alienation in the Classification, or when we consult the Caregiver-child relationship problem entry, the expression no longer appears.

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This information is an opportunity to review recent events.

In November 2019, William Bernet, President of the Parental Alienation Study Group, one of the most motivated promoters of parental alienation, reported in a newsletter, translated and distributed in France by ACALPA, on the positioning of the WHO’s Medical and Scientific Advisory Committee (MSAC). This Advisory Committee reminded us of what we already knew: the presence of a notion in the index of the Classification does not imply official recognition by the WHO. A definition of parental alienation, in the index entry only, has appeared in the meantime, which could have led to a future recognition of this pseudo-theory by the WHO.

On 29 October 2019, the discussions seemed to be closed and the lack of a clear position from WHO was causing confusion. Indeed, the mere presence of this notion, wherever it is in the Classification, would favour its instrumentalization by its promoters and its use by violent men in family courts, as recalled in the Collective Memo of Concern to: World Health Organization about « Parental Alienation ».

We invite any person, activist, journalist, researcher to disseminate this information and to ask those who persist in claiming that WHO has recognized parental alienation to publish a correction. We also urge legislators to be careful not to insert into the law concepts that have no scientific basis.

Le Réseau International des Mères en Lutte
International Network of Activist Mothers
Updated the September 20, 2020

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L’Organisation Mondiale de la Santé supprime l’aliénation parentale de l’index de sa classification

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Mise à jour du 20 septembre 2020 : depuis septembre 2020, le retrait de toute mention de l’aliénation parentale de la Classification Internationale des Maladies (CIM-11) est validé. En effet, la version officielle, bleue, vient d’être mise à jour, et ne fait plus du tout référence à ce terme, comme le montre cette capture d’écran.

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Article original :

Dans un précédent article nous clarifions la position de l’Organisation Mondiale de la Santé : « non, l’Organisation Mondiale de la Santé n’a pas reconnu l’aliénation parentale« . L’expression était seulement présente dans l’index de sa Classification Internationale des Maladies 11 (CIM ou ICD-11).

Le 15 février 2020, l’OMS déclare avoir supprimé de son index et de sa classification (version provisoire, orange) cette notion pseudo-scientifique.

Ce sont les italiennes du groupe Facebook PAS: informazioni e disinformazione qui sont les premières à avoir diffusé l’information. Elles ont repéré un commentaire d’une équipe de l’OMS, Team3 WHO, sur la page de la Classification consacrée à la maltraitance psychologique (Psychological maltreatment), en réponse à une remarque rappelant que l’aliénation parentale n’avait pas de fondements scientifiques.

Team3 WHO déclare ainsi  :

L’aliénation parentale a été retirée de la classification de la CIM-11 car il s’agit d’un terme et d’une question d’ordre juridique. Son inclusion à des fins de codification dans la CIM-11 ne contribuera pas à l’établissement de statistiques sanitaires valables ou significatives.

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En effet, lorsque nous recherchons, après connexion sur le site, l’expression parental alienation dans la Classification, ou bien lorsque nous consultons l’entrée Caregiver-child relationship problem, l’expression n’apparaît plus.

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Cette information est l’occasion de revenir sur les évènements récents.

Suite à l’indexation de la notion par l’OMS, ses partisan.e.s ont bien évidemment lancé aussitôt une campagne de désinformation. En août 2019, en France, suite à notre demande, le journal La Voix du Nord publiait un article rectifiant ces désinformations et rappelant que l’OMS n’avait pas reconnu l’aliénation parentale.

Puis en novembre 2019, William Bernet, président du Parental Alienation Study Group, l’un des promoteurs les plus motivés de l’aliénation parentale, faisait état dans une newsletter, traduite et diffusée en France par l’ACALPA, du positionnement du Comité Consultatif Médical et Scientifique (MSAC) de l’OMS. Ce Comité Consultatif rappelait notamment ce que nous savions déjà : la présence d’une notion dans l’index de la Classification n’implique pas de reconnaissance officielle de la part de l’OMS. Une définition de l’aliénation parentale, dans l’entrée d’index uniquement, est apparue entre temps, ce qui aurait pu laisser croire à une prochaine reconnaissance de cette pseudo-théorie par l’OMS.

Le 29 octobre 2019, les discussions semblaient closes et l’absence de prise de position claire de la part de l’OMS entretenait la confusion. En effet la simple présence de cette notion, où qu’elle soit dans la Classification, favoriserait son instrumentalisation par ses promoteurs et son usage par des hommes violents dans les tribunaux de la famille, comme rappelé dans le Collective Memo of Concern to: World Health Organization about « Parental Alienation ».

Nous invitons  toute personne, militant.e, journaliste, chercheur.e à diffuser cette information et à demander aux personnes qui persistent à affirmer que l’OMS a reconnu l’aliénation parentale de publier un correctif. Nous invitons également les législateur.ice.s à veiller à ne pas insérer dans la loi des notions sans fondements scientifiques.

Le Réseau International des Mères en Lutte
Article mis à jour le 20 septembre 2020

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Mise en garde contre l’usage de l’ « aliénation parentale » en Espagne et au Canada

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Des travailleuses et travailleurs socio-judiciaires, en Espagne et au Canada, se sont positionné.e.s clairement, en janvier et février 2020, contre l’usage du « Syndrome d’Aliénation Parentale ».

  • En Espagne, El Consejo General del Trabajo Social publie le 27 janvier 2020 une note d’information (un décalogue) au sujet de l’usage du « Syndrome d’Aliénation Parentale ».

El Conjejo Genral del Trabajo Social est l’organe de représentation, de coordination et d’exécution de 36 collèges officiels du travail social en Espagne, qui comptent près de 40 000 membres. Il est chargé, entre autres, de réglementer l’exercice professionnel des travailleuses et travailleurs  sociaux, d’assurer le prestige de la profession et d’exiger des associations du travail social et de leurs membres qu’illes respectent leurs obligations déontologiques.

Conformément à la demande de la Résolution Européenne 2016/2575 (RSP), concernant le rôle des Services Sociaux dans la protection des mineurs, El Consejo General del Trabajo Social a fait une déclaration officielle sur le « Syndrome d’Aliénation Parentale » (SAP).

Dans la note d’information du 27 janvier 2020 cette organisme décrit le SAP comme un « faux syndrome » qui « a l’apparence d’être scientifique, mais ne l’est pas ». Il dénonce par ailleurs son « application aveugle » qui entraîne de « graves conséquences » dans des décisions portant sur la résidence des enfants. Les accusations implicites sont également prises en compte et dénoncées dans ce décalogue (aliénation parentale, inquiétude morbide, instrumentalisation des mineurs dans des contextes de conflit parental, conflits parentaux, manipulation du parent, etc…).

  • À Madrid, toujours en Espagne, des expert.e.s dans les domaines de la justice, de la psychologie et des droits de l’enfant ont appelé à leur tour le 7 février 2020 à mettre fin à l’utilisation du « Syndrome d’aliénation parentale » pour déterminer la garde des mineurs.

C’est l’une des  principales conclusions de la Journée d’analyse multidisciplinaire du syndrome dit d’ « aliénation parentale », organisée par l’Association des femmes juges d’Espagne, en collaboration avec l’Institut de la Femme et qui s’est tenue à Madrid. Cette conférence, qui est en ligne, a montré qu’aucune société ou association scientifique ne reconnaît l’existence du « Syndrome d’Aliénation Parentale ». Il est pourtant encore principalement utilisé pour retirer la résidence des enfants aux mères parce que l’on considère qu’elles manipulent les enfants. Les expert.e.s demandent de renverser ces situations avec une formation spécifique pour les actrices et acteurs judiciaires et médico-légaux. [maj : 17 mars 2010 : les conclusions de cette conférence sont accessibles en ligne]

 

  • Au Canada, l’ Action ontarienne contre la violence faite aux femmes (AOcVF), un regroupement d’organismes ontariens, féministes et francophones qui travaillent à défaire l’oppression vécue par les femmes, met en ligne le 24 janvier 2020 un communiqué de presse particulièrement argumenté.

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En effet, cet organisme constate que, depuis plusieurs années, l’usage de cette pseudo-théorie préoccupait les féministes et les intervenantes de maisons d’hébergement pour femmes et enfants, aux prises avec la violence conjugale.

Aussi, prenant en considération les impacts importants que ce concept provoquait sur la sécurité des femmes et enfants, l’ AOcVF, aux côtés de chercheuses et d’intervenantes, a souhaité dénoncer très clairement  l’utilisation de l’ « aliénation parentale » par le secteur social et judiciaire.

La méconnaissance des violences après la séparation et la mobilisation de notions floues sans fondement scientifique favorisent la confusion.

L ‘AOcVF  souligne ainsi :

On remarque aussi que le terme aliénation parentale est parfois utilisé pour décrire les comportements de l’ex-conjoint violent. En effet, dans un contexte de séparation, celui-ci aura fréquemment recours au dénigrement de la mère ou à la manipulation de l’enfant (Rinfret-Raynor, 2008). Ces comportements peuvent être compris comme étant des comportements d’aliénation parentale. Ainsi, le concept est aussi utilisé par des intervenantes de maisons d’hébergement pour expliquer les comportements du père. Cependant, dans cette situation précise de violences conjugales, il vaudrait mieux mobiliser la notion du contrôle coercitif. Le concept de contrôle coercitif, développé par Evan Stark (2007), fournit des pistes de compréhension plus approfondies des schémas de comportements de violence et de leurs impacts, notamment sur les enfants. Il offre une approche de compréhension du vécu de l’enfant aux prises avec la violence conjugale et permet ainsi de mieux réfléchir à des pistes d’intervention centrées sur sa sécurité et son bien-être en contexte post-séparation.

L’Action ontarienne contre les violences faites aux femmes,  en conclusion de son communiqué de presse, auquel nous adhérons étant donné nos formations et nos prises de position,  invite à une meilleure compréhension de la violence conjugale, notamment après la séparation :

Il est donc nécessaire de continuer à se mobiliser pour que la notion d’aliénation parentale ne soit plus utilisée par les intervenants sociaux et judiciaires au détriment des femmes et des enfants aux prises avec la violence conjugale. Il est aussi nécessaire qu’ils comprennent mieux le phénomène de la violence post-séparation et du contrôle coercitif pour mieux assurer la sécurité des femmes et des enfants.

Le Réseau International des Mères en Lutte

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Les stratégies des hommes pour maintenir le contrôle après la séparation / ECDV (partie 1)

 

 

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En septembre 2019, nos co-fondateur.ice.s ont assisté (et présenté une communication) à l’European Conference On Domestic Violence (ECDV) à Oslo, en Norvège. L’ECDV est conçue pour les chercheur.e.s, les praticien.ne.s et les décideur.euse.s politiques. La conférence se concentre sur la compréhension de la violence domestique, la prévention et les interventions, la politique. Les deux précédentes conférences européennes eurent lieu à Belfast en 2015, puis à Porto en 2017. Des membres de notre structure avaient déjà assisté à l’ECDV à Porto, en 2017, pendant une semaine. Un comité scientifique, après un appel à communication, sélectionne les interventions qui seront présentées lors de chaque conférence européenne.

 

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Présentation de l’ECDV à Oslo par Carolina Øverlien, NKVTS, 2 septembre 2019.

 

Lors de cette troisième ECDV qui eut lieu du 1er au 4 septembre, de nombreuses communications furent consacrées aux violences après la séparation :

Un focus fut porté sur le blâme envers les mères dans les tribunaux de la famille ou dans le cadre de la médiation familiale, et sur leur pathologisation avec l’usage du syndrome d’aliénation parentale. La difficulté des mères à protéger leurs enfants, après la séparation, fut également mise en avant.

L’étude intitulée « Using Children to Strike Mothers After Separation : Fathers’ Strategies for Maintaining Control » de Mariachiara Feresin, Federica Bastiani et Patrizia Romito, de l’Université de  Trieste en Italie, fut présentée par l’intermédiaire d’un poster détaillé.

Un article reprenant les résultats avait précédemment été publié en juin 2019 sous le  titre « The Involvement of Children in Postseparation Intimate Partner Violence in Italy: A Strategy to Maintain Coercive Control? »

Le but de cette étude était d’analyser les stratégies des agresseurs pour maintenir le contrôle sur leur femme, après la séparation, ainsi que l’implication des enfants dans ce processus.

La violence à l’égard des femmes se poursuit souvent après la séparation. L’implication des enfants dans la violence conjugale est désormais mieux connue, néanmoins aucune étude n’avait jusqu’à lors examiné la place des enfants dans la violence, après la séparation, en Europe du Sud.

Les chercheuses ont réalisé une étude quantitative en deux temps, à 18 mois d’intervalles, en interrogeant par questionnaire des femmes dans 5 centres anti-violence du Nord de l’Italie (151 + 91). 15 % de ces femmes n’ont pas d’enfant. Elles ont également réalisé une étude qualitative à l’aide d’entretiens auprès de 13 femmes, dans ces mêmes centres.

Les résultats des deux études ont montré que les femmes subissaient des niveaux élevés de violence et que les enfants étaient très impliqués. Les femmes ayant des enfants, et qui ne vivaient plus avec le partenaire violent, subissaient des menaces, des violences, des formes de manipulation et des comportements de contrôle lors des contacts père-enfant.  78,9 % des femmes de l’enquête longitudinale et les 13 femmes de l’étude qualitative ont signalé au moins un de ces comportements.

L’étude qualitative a permis ensuite de découvrir certaines stratégies spécifiques aux auteurs de violences qui visent à maintenir un contrôle coercitif sur l’ex-partenaire :

  • il culpabilise
  • il  menace
  • il dénigre et discrédite
  • il appauvrit
  • il empêche son ex-femme ou conjointe de mener une vie normale
  • il tente de détruire le lien mère-enfant

L’étude montre que 70, 1% des mères avaient peur que le père soit violent avec l’enfant. En outre la moitié des femmes (52 %) craignaient le transfert de résidence de l’enfant, le père violent étant dans la toute puissance puisque la violence post-séparation reste mal identifiée par les services socio-judiciaires.

Les résultats de cette étude ont permis de mieux comprendre les mécanismes du contrôle coercitif et de la violence après la séparation ainsi que la manière dont les auteurs de violences utilisent les enfants pour atteindre leurs objectifs.

Les chercheuses recommandent aux professionnels qui s’occupent de ces questions dans les secteurs socio-judiciaires d’accorder plus d’attention à la protection des femmes victimes de violence et de leurs enfants, et de garantir leurs droits.

 

Le Réseau International des Mères en Lutte

PS : Nous sommes flatté.es que notre travail soit traduit. Néanmoins pourriez-vous nous demander la permission avant d’effectuer toute traduction. Merci.

 

 

 

 

 

 

 

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Xavier Legrand : « En tant que citoyen, je me sens directement concerné par ce grave problème, et ce, d’autant plus parce que je suis un homme. »

Le blog de Manderley et d'Alex Vigne

Le couple Besson divorce. Pour protéger son fils d’un père qu’elle accuse de violences, Myriam demande la garde exclusive. La juge aux affaires familiales en charge du dossier accorde une garde partagée au père, ne sachant pas identifier le contrôle coercitif d’Antoine. Julien, leur petit garçon, va tout faire pour empêcher que le pire n’arrive. Sorti le 7 février 2018 en France, le film de Xavier Legrand Jusqu’à la garde, nous fait vivre la réalité de la violence post-séparation. Sollicité pour répondre aux questions de Gwénola Sueur le réalisateur nous plonge au coeur du processus de création d’une oeuvre exceptionnelle.

Gwénola Sueur : Les violences conjugales post-séparation affectent un nombre important de femmes et d’enfants et la séparation représente un risque accru de dangerosité. Ainsi en 2017 en France 131 femmes ont été tuées par leur conjoint ou ex-compagnon, essentiellement par arme à feu. 13 enfants ont été tués…

Voir l’article original 3 405 mots de plus

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La responsabilité institutionnelle dans la mise en danger des enfants

Ferederiko

(extrait du power point de Patrizia Romito, photographie réalisée à Ottawa le 11 avril 2017)

Les violences conjugales post-séparation sont de la même nature que les violences conjugales. Selon  la Professeure italienne Patrizia Romito, « il s’agit d’un ensemble de comportements caractérisé par la volonté de domination et de contrôle d’un partenaire sur l’autre, qui peuvent inclure brutalités physiques et sexuelles, abus psychologiques, menaces, contrôles, grande jalousie, isolement de la femme ainsi que l’utilisation des enfants à ces fins ».

Elle précise que les motivations à ces violences peuvent être regroupées en trois catégories : les représailles et la vengeance, le rétablissement de la situation de pouvoir et de contrôle, la tentative de forcer une réconciliation qui permet le rétablissement du contrôle. Les violences conjugales post-séparation affectent un nombre important de femmes et d’enfants et la séparation représente un risque accru de dangerosité.

De fait une absence de repérage des situations à risques ainsi qu’une mauvaise décision en matière de justice aux affaires familiales peuvent avoir des conséquences dramatiques, allant du transfert de résidence des enfants chez le parent violent, aux meurtres des femmes et des enfants.

Les violences létales après la séparation : tuer les enfants pour punir la mère

En Grande-Bretagne, l’analyse par Hilary Saunders de la situation de 29 enfants qui ont été tués par leur père après la séparation montre que ces homicides avaient eu lieu dans un contexte de négociations très conflictuelles entre les parents pour la garde des enfants ou le droit de visite. Dans les 13 familles analysées, la quasi totalité des mères avaient subi des violences conjugales. Pourtant le tribunal les avait obligées à accepter des contacts entre le père et les enfants.

Au Canada, lors du colloque Perspectives internationales sur la violence post-séparation organisé par FemAnVi, les 11 et 12 avril 2017, Patrizia Romito a illustré la responsabilité institutionnelle dans ces meurtres. Elle est notamment revenue sur la mort de Federiko Barakat en Italie.

Le 25 février 2009, ce petit garçon de huit ans est tué par son père dans les locaux des services sociaux de San Donato Milanese. Suite à la séparation qui intervient après des violences conjugales, sa mère Antonella Penati cherche à mettre en sécurité l’enfant mais elle est accusée d’aliénation parentale. Des contacts sont alors ordonnés et mis en place pour rétablir le lien entre le père et l’enfant. Le père tue Federiko lors d’une visite supervisée avec une arme à feu, puis s’acharne sur l’enfant en le frappant de plusieurs coups de couteau, avant de se suicider.

En Espagne, sur une période de 7 années, 29 enfants ont été tués par leur père pour se venger de leur mère. Ces meurtres sont comptabilisés à partir de 2013, puisque ces victimes sont considérés comme des victimes de violence de genre dans les statistiques officielles.

Dans une récente interview, le professeur en médecine légale à l’université de Grenade , Miguel Lorente Acosta, revient sur le cas des enfants tués. Il déplore qu’une personne condamnée avec injonction contre son ex- femme ou ex-conjointe puisse encore continuer à avoir accès aux enfants. Puis il ajoute :

Un agresseur ne peut jamais être un bon père. Ils ont appris qu’il y a un moyen de faire encore plus de mal avec la mort des enfants.

Un père, Tomás Bretón, est condamné en juillet 2013 à 40 ans de prison pour le meurtre de ses deux enfants, Ruth (six ans) et José (deux ans). Il les tue en représailles à la demande de son épouse de se séparer. La mère des deux enfants, Ruth Ortiz, a témoigné afin d’obtenir du Parlement un consensus pour réformer la loi intégrale et inclure les mères des enfants tués comme victimes de violence sexiste. Elle analyse :

Les agresseurs savent ce qu’est le plus grand mal et le plus grand mal est de prendre la vie de vos enfants.

Il est à souligner que la Cour Suprême a condamné l’Espagne en 2018 a versé une indemnité de 600 000 euros à une mère, Ángela González, pour la responsabilité des autorités espagnoles à l’égard du décès de sa petite fille Andrea, âgée de sept ans. Elle a été assassinée par son père lors d’une visite non supervisée autorisée par un juge.

Aux États-Unis ce sont près de 700 enfants qui ont été tués par leurs parents au cours d’un divorce ou d’une séparation depuis 2008, selon le Center for Judicial Excellence, un organisme basé en Californie.

Les avocats d’une mère survivante, Hera McLeod , lors de la procédure de garde pour son petit garçon Prince, lui ont conseillé de faire attention à ce qu’elle disait au sujet du père de l’enfant, Joaquim Rams, et aux détails à divulguer au sujet de son comportement violent. La mère souhaitait une mise en sécurité suite aux nombreuses violences de cet homme. Le juge a pourtant estimé qu’il n’y avait pas suffisamment de preuves. Après avoir ordonné à Hera McLeod des visites supervisées entre le père et Prince, le juge décide de lui accorder des droits de visites non supervisés. C’est lors de la quatrième visite le 20 octobre 2012 que l’enfant est tué par son père. Prince était âgé de 15 mois.

Un article de Samantha Schmidt, publié le 29 juillet dans le Washington Post revient sur les filicides dont celui de Prince et de la petite Kyra Francheti, puis présente en exclusivité les derniers résultats de l’étude de Joan Meier. Car si ces infanticides semblent être des situations extrêmes, ils illustrent néanmoins la tendance des tribunaux de la famille à ne pas croire les mères lorsqu’elles demandent à être mise en sécurité avec leurs enfants.

L’étude de Joan Meier

L’étude inédite de l’Université George Washington réalisée par la professeure de droit Joan S. Meier, montre que les mères qui signalent des cas de violence – en particulier des violence faite aux enfants – perdent la garde de leurs enfants à une fréquence stupéfiante.

Dans un article de 2017, elle rend compte de l’analyse de  238 jugements entre 2002 à 2013 aux États-Unis. Ces jugements concernent la résidence d’enfants de parents séparés, et leur analyse apporte des éléments sur le lien entre aliénation parentale et violence. Dans cette étude, les accusations d’aliénation parentale conduisent les tribunaux à ne pas prendre en compte les preuves de violences paternelles envers les femmes et les enfants, à retirer des enfants aux parents (principalement les mères) qui veulent les protéger et à placer ou fixer leur résidence chez l’agresseur, même lorsque des juges reconnaissent l’existence de violences. Ainsi,  les femmes qui présentent des preuves de violence envers les enfants sont plus susceptibles d’en perdre la garde, que les femmes qui signalent uniquement de la violence conjugale. Les accusations d’aliénation parentale en réponse à ces dévoilements doublent pratiquement le taux de perte de résidence des enfants par les mères.

Dans une intervention de novembre 2018, Joan Meier et son équipe de recherche complètent les résultats. 4 338 jugements de 2005 à 2015 ont été analysés. Tous types de violences confondus (violence conjugales, violences contre les enfants, violences sexuelles contre les enfants), les accusations réalisées par les mères ne sont reconnues que dans 41 % des cas, et quand une accusation d’aliénation parentale est portée, dans 23 % des situations seulement. En outre ce sont les accusations de violences sexuelles sur les enfants qui sont les moins reconnues (15 %), et elles ne le sont presque jamais quand l’aliénation parentale est mobilisée par le père (2 %, 1 sur 51). Ainsi, lorsque l’aliénation parentale est utilisée par le père comme moyen de défense, la probabilité que le juge reconnaisse la violence est divisée par 2, et presque par 4 quand il s’agit de violence contre les enfants.

L’accusation d’aliénation parentale par les pères a également une incidence sur la résidence des enfants. En effet, lorsque la mère accuse le père de violence, la résidence est transférée chez lui dans 26 % des cas quand il ne se sert pas de l’aliénation parentale, et dans 44 % dans cas lorsqu’il mobilise ce pseudo-concept. Elle constate par ailleurs que même lorsque les violences sont reconnues, et que l’aliénation parentale est utilisée, la résidence est transférée dans 43 % des cas (6 sur 14).

Pour résumer, ces données « confirment les nombreux témoignages de femmes qui dénoncent l’ignorance par les tribunaux de la famille de la violence, ce qui met potentiellement les enfants en danger. Elle confirme également que les accusations d’aliénation sont efficaces pour occulter la violence ». L’étude comporte cependant deux limites principales : elle ne démontre pas que le rejet par les tribunaux des accusations de violences est erroné, mais seulement qu’il est répandu. De plus, l’étude est également axée sur les affaires en appel, qui peuvent présenter certaines différences avec les affaires en première instance.

Conclusion

Au Canada, des rapports et des recherches universitaires visent à identifier les situations à risques. Par exemple, en novembre 2012, un comité d’experts sur les homicides intrafamiliaux remet au ministre de la Santé et des Services sociaux et au ministre responsable des aînés un rapport proposant des recommandations. En 2014 la Fédération des maisons d’hébergement pour femmes publie à son tour un document qui vise à faire connaître ses recommandations en matière de prévention des homicides intrafamiliaux.

Au Royaume-Uni, le gouvernement a lancé le 19 juillet à un appel à témoigner aux victimes, afin d’examiner les risques que courent les enfants qui entretiennent une relation avec un parent ayant des antécédents de comportement violent. Ce projet est supervisé par un groupe d’expert.e.s et souhaite mettre en lumière la manière dont les tribunaux de la famille gèrent la sécurité et le bien-être des enfants lorsqu’il existe un risque de violence familiale.

En France, la publication chaque année de l’Étude nationale sur les morts au sein du couple de la Délégation Aux Victimes permet de connaître le nombre d’enfants tués dans deux situations entre 2006 et 2018.

111 enfants furent tués en même temps que leur parent (la mère dans 110 situations sur 111)

181 enfants furent tués « en raison de séparations difficiles ou de conflits de couple (tandis que l’autre parent n’est pas victime) » (c’est l’intitulé de la DAV)

L’auteur de ces 292 meurtres ou assassinats était de sexe masculin dans une écrasante majorité des situations. La mission sur les morts violentes d’enfants au sein des familles confirme également le « lien très fort entre  entre la violence conjugale et les violences commises sur les enfants ».

Par l’intermédiaire de la veille féministe de Féminicides par compagnon et ex-compagnon , nous apprenons que plus d’une dizaine d’enfants ont été tués par leur père depuis le début de l’année 2019. Alors que des membres du mouvement des intérêts des pères séparés et divorcés considèrent parfois ces hommes comme des martyrs du divorce et vont jusqu’à présenter comme unique solution à ces meurtres la systématisation de la résidence en alternance, que compte faire le gouvernement français pour mettre en sécurité les enfants ?

[Maj] Le 17 août 2020 le gouvernement publie l’Étude nationale sur les morts violentes au sein du couple. Ce rapport déclare page 26 que  » 25 infanticides ont été commis dans un contexte conjugal ». Il précise que : « 3 mineurs ont été tués concomitamment à l’homicide de leur mère dans 3 affaires distinctes. Dans ces affaires, 1 auteur s’est suicidé ». Puis le rapport ajoute que  » Dans 14 affaires distinctes, 22 enfants ont été tués dans le cadre d’un conflit de couple sans qu’aucun membre du couple ne soit victime. L’auteur de l’infanticide est majoritairement le père (12 affaires), la mère l’ayant été à 2 reprises ».

Le Réseau International des Mères en Lutte

aliénation parentale, international, lobby masculiniste, violences conjugales, violences post-séparation

Non, l’Organisation Mondiale de la Santé n’a pas reconnu l’aliénation parentale

Mise à jour : le 15 février 2020, L’Organisation Mondiale de la Santé a supprimé l’aliénation parentale de l’index de sa classification. Pour en savoir plus

Le 25 mai 2019, lors de son assemblée générale à Genève, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) votait la révision du classement international des maladies (CIM-11).

L’OMS a décidé de ne pas reconnaître l’aliénation parentale dans le CIM-11, néanmoins ses partisan.e.s ont immédiatement lancé une campagne de désinformation.

Comme déclarait Pierre-Guillaume Prigent, un de nos membres, le 4 juin 2019 : « que des associations militant pour la reconnaissance de l’aliénation parentale produisent des visuels mensongers [tel que celui ci-dessous], et que la même argumentation soit reprise par des spécialistes de l’aliénation parentale est éthiquement et scientifiquement très problématique ».

Par exemple, l’ACALPA, une association qui milite pour la reconnaissance de l’aliénation parentale, prétend que l’OMS a récemment reconnu l’aliénation parentale. Elle se sert du logo de l’OMS pour se donner de la crédibilité.

L’association « J’aime mes deux parents », qui milite également pour la reconnaissance de l’aliénation parentale, prétend que l’OMS a récemment reconnu l’aliénation parentale.

Cette campagne de désinformation en France, comme nous l’avions souligné le 5 juin, viserait par ailleurs à intervenir auprès de Nicole Belloubet afin qu’elle corrige la fiche intranet du 28 mars 2018 sur le SAP.

Or, l’aliénation parentale n’est présente que dans l’index de la Classification de l’OMS, et n’y est pas définie, ce qui veut dire qu’elle n’est pas reconnue par l’Organisation, comme le montrent les deux captures d’écran dans ce tweet et le débunkage réalisé fin mai.

L’OMS est claire :

L’index alphabétique est une liste d’environ 120 000 termes cliniques (comprenant des synonymes ou expressions). L’index est utilisé pour trouver les codes ou combinaisons de codes CIM pertinents pour les termes. La mention d’un terme dans l’index sert exclusivement au codage. La mention d’un terme dans l’index ne signifie pas l’approbation ou l’endossement d’une condition particulière.

De plus, l’intitulé « Caregiver-child relationship problem », « Problème relationnel entre un pourvoyeur de soins et un enfant » est situé dans le chapitre 24 de la Classification. Ce chapitre est lui-même intitulé « Factors influencing health status or contact with health services », « Facteurs influençant l’état de santé ou le contact avec les services de santé », ce qui signifie qu’il ne s’agit ni d’un syndrome ni d’un trouble : il s’agit seulement d’un facteur de contexte. Et la définition de ce « problème relationnel » ne correspond à aucune des définitions de l’aliénation parentale donnée par ses promoteurs. De plus, l’aliénation parentale elle-même n’est jamais définie dans la Classification.

Rappelons que l’aliénation parentale est un concept qui n’est pas fondé scientifiquement. La présence de ce concept dans l’index a alerté  de nombreux chercheurs et chercheures qui se sont  adressé.e.s à l’OMS dans une lettre ouverte internationale.

Cette note de synthèse montre le manque de rigueur scientifique des études réalisées par les promoteurs de l’aliénation parentale (méthodologie, recrutement des personnes interrogées, etc…), ainsi que l’existence de conflits d’intérêts. En effet, ce sont parfois des personnes qui dirigent des programmes contre l’aliénation parentale qui souhaitent qu’elle soit reconnue. La lettre ouverte a été signé par des centaines de structures de lutte contre les violences faites aux femmes et aux enfants qui constatent d’un pays à l’autre les conséquences dramatiques de la mobilisation de ce pseudo-concept dans les tribunaux de la famille.

Le mémo se conclut ainsi :

L’inclusion de l’expression « aliénation parentale » où qu’elle soit dans la CIM-11 est susceptible de renforcer les tendances destructrices existantes dans les tribunaux de la famille qui causent aux enfants et à leurs pourvoyeurs de soins des préjudices. De plus, les préoccupations validées empiriquement au sujet du manque de fiabilité du concept pourraient remettre en question la crédibilité scientifique de l’Organisation mondiale de la santé ainsi que la fiabilité de la Classification internationale des maladies.

Plusieurs recherches confirment en effet que l’aliénation parentale peut être utilisée comme stratégie d’occultation de la violence conjugale. Le 26 avril 2018, le forum « L’aliénation parentale : une menace pour les femmes et les féministes ?« , organisé à l’Université du Québec à Montréal (UQÀM), a fait le point sur le concept d’aliénation parentale et sa mobilisation dans les situations de violence conjugale au Québec, en Europe et au Brésil. Il est ressorti des interventions des treize intervenant.e.s que l’aliénation parentale est un concept qui « invalide, nie et occulte les propos et les craintes exprimés par les femmes et les enfants face à la violence des hommes » (p. 4) ; que « la mobilisation du concept d’aliénation parentale dans les situations de violence conjugale met le meilleur intérêt des enfants en second plan, derrière l’intérêt des pères ayant des comportements violents » (p. 5) ; que « l’utilisation du concept est rendue possible en grande partie par la non-compréhension et par le manque de reconnaissance de la violence des hommes à l’endroit des femmes et des enfants, ainsi que par la confusion qui règne entre la violence conjugale et les conflits sévères de séparation » (p. 6) ; que « les multiples vocables pour faire référence à l’aliénation parentale facilitent son utilisation dans les situations de violence conjugale » (p. 8) ; que « la popularisation du concept est liée aux revendications des masculinistes et au lobby des groupes de défense de droits des pères » (p. 9).

Une étude réalisée par la professeure de droit américaine Joan S. Meier confirme les témoignages de femmes qui dénoncent la tendance des tribunaux de la famille à mettre sur un second plan la sécurité des enfants. L’étude confirme également que les accusations d’aliénation parentale mobilisées par les pères en défense sont efficaces pour occulter leur violence.

Le Réseau International des Mères en Lutte
Article révisé le 22 février 2020

 

 

 

 

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Les victimes de violences dans les zones rurales : captives et contrôlées

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Au Royaume-Uni une étude, qui s’est déroulée pendant 18 mois, montre que la réponse de la police à la violence dite « domestique » en milieu rural, est « largement inadéquate ». Les victimes dans les zones rurales sont plus isolées, moins soutenues et protégées.

Le National Rural Crime Network s’efforce de mieux faire connaître les problèmes et les répercussions de la criminalité dans les régions rurales, afin que l’on puisse davantage assurer la sécurité des victimes.

En 2017, cet organisme a eu pour projet de découvrir en quoi l’expérience de la violence domestique dans les campagnes anglaises, et la demande d’aide à cet égard, est différente de celle en zone urbaine.

Les membres de la police et les commissaires du NRCN se sont inquiétés de recevoir de plus en plus de commentaires identiques de victimes de violence en zone rurale.

Il y avait des similitudes d’un bout à l’autre du pays, des histoires répétées, une absence de services et un manque de compréhension de la nature unique et insidieuse de la violence familiale en milieu rural.

Les chercheurs du NRCN se sont entretenus avec 67 victimes dans sept zones de maintien de l’ordre, dans le Sud, les Midlands et le Nord (Durham, Derbyshire, Devon et Cornwall, Dorset, Lincolnshire, North Yorkshire et Nottinghamshire). 62 personnes étaient des répondantes et sur les 5 hommes interrogés, 3 étaient agressés par des hommes.

Illes ont également réalisé une série d’entrevues distinctes avec 51 intervenant.e.s socio-judiciaires. L’enquête comprenait un examen de la documentation universitaire, ainsi qu’un sondage auprès d’un groupe distinct de 881 survivant.e.s de violence, recrutées pour la recherche par l’intermédiaire de services de soutien aux victimes. Sur les 881 personnes interrogées, 57 étaient des hommes soit 6,5 %.

Leur rapport Captive & Controlled : Domestic Abuse in Rural Areas, publié le mercredi 17 juillet, constate que la sortie de la violence est plus difficile, prend plus de temps et s’avère plus compliquée pour les victimes dans les zones rurales.

Il existe en effet des obstacles supplémentaires dans les communautés rurales par rapport aux zones urbaines. Les victimes à la campagne sont deux fois moins susceptibles de signaler la violence à d’autres personnes. En outre, elles ont été victimes de violence 25 % plus longtemps, selon le rapport.

Les agresseurs profitent des milieux ruraux pour isoler et contrôler les victimes. Le rapport explique à juste titre que

l’isolement physique est sans doute la meilleure arme dont dispose un agresseur et il a un impact profond sur le sentiment de captivité de la victime.

Les agresseurs déplacent les victimes vers les milieux ruraux pour les isoler davantage, ou utilisent systématiquement l’isolement à leur avantage, si elles vivent déjà dans un endroit isolé. Plus le milieu est rural, plus l’impact de cet isolement s’ajoute à l’isolement financier et social. Non seulement cela aide les agresseurs à contrôler leurs victimes pendant leur relation, mais cela rend aussi plus difficile pour les victimes d’échapper à cette violence.

Une interviewée, exposée à la violence conjugale, analyse :

Chaque fois que nous avions déménagé, c’était pour volontairement couper ma mère de ses relations avec les autres. Notre père avait interdit l’accès aux médias sociaux et contrôlait l’utilisation d’Internet par notre mère. Ses mouvements quotidiens devaient suivre un horaire strict et régulier. Il ne nettoyait jamais la maison, ne faisait jamais le plein d’essence ni les courses à l’épicerie pour s’assurer que notre mère était occupée aux tâches ménagères pendant ses jours de congé, et ne pouvait donc pas passer de temps avec les autres.

Le fort esprit communautaire de ces collectivités rurales très unies, qui est une des joies de la vie rurale, facilite la violence, car il peut être tout aussi puissant à garder la violence familiale cachée.

Il est presque impossible pour une victime de demander de l’aide sans que les autres le sachent, d’appeler la police sans que la collectivité se pose des questions ou même de partager ses craintes avec d’autres en toute confiance.

Une victime raconte :

Vous pensez que la communauté des villages comme celui dans lequel j’ai vécu serait une source de soutien, mais en réalité, personne ne veut s’impliquer dans la vie personnelle d’une autre personne. Dans mon cas, parce qu’il a joué pour l’équipe de cricket du village, il avait le soutien de tout le monde et cela m’a fait me sentir encore plus isolée. C’était comme si personne ne voulait jamais prendre mon parti, alors je me suis retirée dans mon travail au à la maison et avec le temps, je suppose que je suis devenu un peu recluse.

Sans le savoir, la communauté facilite les violences, permettant à l’agresseur d’agir quasiment en toute impunité. Il est également prouvé que les agresseurs « recrutent » délibérément les membres de la communauté à leur cause, ce qui devient un mécanisme pour contrôler et isoler encore plus la victime.

Une autre personne interviewée explique lors de l’enquête :

J’ai eu tellement de mal à trouver quelqu’un à qui parler dans le village. Mais après qu’il m’ait crié dessus au pub ce soir-là, c’était comme si tout le monde s’était éloigné de moi.

Les entretiens approfondis avec les victimes et les survivantes ont révélé une autre réalité cohérente et révélatrice : les communautés rurales sont toujours dominées par les hommes et suivent un ensemble de principes séculaires, protégés et non écrits. Les hommes ont tendance à occuper les postes de pouvoir ruraux – chef de famille, propriétaire foncier, propriétaire terrien, policier, agriculteur. Cette société patriarcale rend les femmes plus vulnérables à la coercition et au contrôle.

Malgré les améliorations apportées ces dernières années, les victimes bénéficient d’autre part, d’un service de qualité inférieure dans les zones rurales. Cela s’explique en partie par le fait qu’il n’y a pas assez de policiers dans les régions rurales, et qu’il y a moins d’agents ayant reçu une formation appropriée en matière de violence familiale.

Une autre victime a dit qu’elle n’avait jamais envisagé d’appeler la police, ajoutant :

Vous n’avez pas vraiment le choix – la police est à au moins une heure de route et si cela se produit un vendredi ou un samedi soir, ce qui a toujours été le cas, elle s’occupe d’autres choses. Je n’ai jamais vraiment envisagé d’appeler la police – à quoi bon ? A ce moment-là, j’avais déjà été frappée, giflée ou frappée de toute façon.

Il a également été constaté lors de cette enquête que la disponibilité des services publics dans les zones rurales est en déclin, ce qui limite l’aide, les réseaux et les voies de secours à la disposition des victimes. Les services de soutien sont non seulement rares, mais également moins disponibles, moins visibles et moins efficaces pour soutenir les victimes, même si des personnes demandent de l’aide.

La ruralité a un impact significatif sur la violence domestique ce qui, à ce jour, a été négligé et ignoré par toutes les parties concernées. La nature même de la violence familiale est identique dans les régions rurales et urbaines. Cependant, la ruralité est une « arme » qui accroît l’isolement, la stigmatisation et la honte dans ces petites communautés, souvent repliées sur elles-même.  Elle crée des obstacles qui, sans une intervention proactive, empêcheront de nombreuses victimes d’avoir accès au soutien et de sortir des violences.

Les conséquences sont importantes  : les victimes et les survivants sont déçus et manquent d’une aide qui pourrait faire la différence quand sa propre survie est en jeu.  Il y a donc un besoin urgent de changement, qui doit être pris au sérieux par les décideurs, ainsi que par les organismes et services de première ligne dans les collectivités rurales. Le NRCN affirme que les résultats de cette étude intensive de 18 mois « sont durs, inquiétants et conduisent à un appel urgent à l’action du gouvernement, de la police, de la société et de nous tous ».

Julia Mulligan, présidente du NRCN et commissaire aux incendies et à la criminalité du North Yorkshire souligne que

ce rapport doit certainement être un catalyseur pour nous aider à mieux protéger les femmes, les enfants et les hommes des communautés rurales qui souffrent quotidiennement du calcul, de la manipulation, du contrôle et de la violence des agresseurs.

 

Le Réseau International des Mères en Lutte

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

contrôle coercitif, enfants victimes, international, références, violences conjugales

J’avais peur que ma mère, elle soit morte…

il se prenait pour le roi de la maison

Isabelle Côté et Simon Lapierre font partie du collectif de recherche féministe anti-violence FemAnVi.  Ce collectif cherche à mobiliser, soutenir, et mettre en lien les chercheur.e.s, les étudiant.e.s, les intervenant.e.s et les militant.e.s contre les violences faites aux femmes.

Les 9 et 10 avril 2015, FemAnVi organise un colloque intitulé « Les enfants exposés à la violence conjugale : conversations internationales pour des recherches et des pratiques novatrices ».  À cette occasion, la Faculté des sciences sociales de l’Université d’Ottawa accueille 14 conférencières provenant du Canada, des États-Unis, de la Suède et de l’Angleterre.

Puis en avril 2016, Isabelle Côté, Vanessa Couturier, John Flynn et Simon Lapierre, rédigent et publient le compte-rendu de cette conférence.

Illes constatent que

les recherches sur les enfants exposés à la violence conjugale se sont surtout basées sur des données recueillies auprès d’adultes, incluant les mères et les professionnels. Ces recherches ne permettent pas de saisir toute la diversité et la complexité des expériences vécues par les enfants. Cette tendance s’explique, entre autres, par le peu de valeur accordée au point de vue des enfants de manière plus générale.

Illes mettent en avant également, et à juste titre, que les enfants

ne sont généralement pas considérés comme des sujets ou comme des acteurs sociaux suffisamment compétents pour être en mesure de définir et d’expliquer leur réalité. Cette tendance peut être généralisée à la société dans son ensemble, où le point de vue des enfants est rarement écouté et entendu.

Les recherches sur l’exposition à la violence conjugale mettent en effet l’accent sur l’ampleur du phénomène, ainsi que sur les conséquences sur le développement des enfants et des adolescents. Cependant peu d’études se concentrent sur leur expérience.

Au printemps 2018 à Montréal, Simon Lapierre et Isabelle Côté nous présentent plus en détail un livre qui donne une voix aux enfants qui ont vécu de la violence conjugale.

Entre 2011 et 2017, illes ont rencontré et interrogé 59 jeunes, âgés de 6 à 18 ans, par l’intermédiaire de maisons d’hébergements pour femmes victimes de violences conjugales. Plusieurs enfants participant à ce projet de recherche, leur demandent de partager leurs histoires afin que le grand public découvre leur expérience.  Ils souhaitent également que d’autres enfants, qui vivent ce genre de situation, se sentent moins seuls, et que cesse la violence.

Le projet de réaliser un livre à destination de la jeunesse est alors né. Intitulé : « Il se prenait pour le roi de la maison ! Des enfants parlent de la violence conjugale. »,  il est publié aux éditions du Remue-Ménage à Montréal.

L’illustratrice Élisabeth Eudes-Pascal proposent que les paroles des enfants, recueillies par Simon Lapierre et Isabelle Côté, soient représentées par des animaux.

Ce livre s’adresse ainsi aux enfants de 9 à 12 ans (page 5)  :

Alors s’il t’arrive, par exemple, de voir ou d’entendre ton père être violent envers ta mère, tu sauras que d’autres enfants, d’autres jeunes, vivent aussi cette situation. Tu verras que ça peut t’aider énormément d’en parler avec quelqu’un en qui tu as confiance.

Simon Lapierre explique dans un entretien :

Les enfants, quand ils vivent dans un contexte de violence conjugale, ils sont isolés, ils pensent qu’ils sont les seuls à vivre cette réalité. Dans ce sens-là, le livre pourra permettre de réaliser qu’ils ne sont pas les seuls, et du coup, ça devient moins difficile, moins tabou d’en parler.

Il est cependant recommandé qu’un adulte accompagne l’enfant lors de la lecture de ce livre. En situation d’intervention en violence conjugale, cet ouvrage peut favoriser les confidences et outiller l’adulte qui aide l’enfant dans ce contexte.

Ce livre s’adresse donc aussi aux adultes (page 7)  :

Les enfants nous ont aussi demandé de partager leurs propos avec tous les adultes qui côtoient des enfants, pour qu’ils soient sensibilisés à cette réalité et qu’ils soient alors en mesure de mieux soutenir les jeunes de leur entourage.

Isabelle Côté précise :

C’est aussi un moyen de sensibiliser leur entourage, de permettre une meilleure compréhension de leur situation et de fournir des repères afin de mieux les appuyer. 

Au fil de courts récits, en bandes dessinées, nous découvrons comment ces enfants vivent les violences, puis comment ils sont amenés à les dévoiler. Les agresseurs sont des pères ou des beaux-pères. Les enfants retrouvent, après une intervention extérieure, un mieux -être dans leur vie, une fois mis en sécurité.

Le livre met en avant que la principale crainte de l’enfant est que sa mère soit tuée.

Extrait page 18 :

Des fois, ça allait trop loin…

Ils se chicanaient souvent, pis dans une chicane, j’ai entendu que mon père… il a fait des menaces de mort à ma mère.

J’avais peur que ma mère, elle soit morte, à cause qu’il la frappait tout le temps.

 

Une fois mis en sécurité l’enfant est enfin apaisé et est « capable de sourire, et de rire ».

Extrait page 34 :

Ben c’est sûr que maintenant, ma mère, elle pleure plus, pis c’est plus le fun l’ambiance ! (…)

Moi pis ma mère, ça a toujours été spécial, parce qu’on s’est tout le temps compris dans le fond.

Ma mère, c’est ma vie ça. Genre… tu la tues, tu tues moi too ! C’est elle qui me fait pomper le cœur. Moi pis ma mère, on est vraiment… enchaînés ensemble.

Parallèlement le collectif de recherche FemAnVi propose un outil favorisant la communication mère-enfant en contexte de violence conjugale. Il s’adresse aux plus petits comme aux plus grands, ainsi qu’à leur mère. Il peut être utilisée lors du séjour en maison d’hébergement ou suite à celui-ci. Il s’agit d’une boite aux lettres, elle permet de :

  • Briser le silence sur la violence conjugale ;
  • Créer un espace de partage (bidirectionnel) pour les femmes victimes de violence conjugale et leurs enfants ;
  • Favoriser l’expression des émotions ;
  • Mettre l’accent sur les aspects positifs de la relation et renforcer ces aspects positifs ;
  • Favoriser une reprise du pouvoir pour les femmes et pour les enfants.

Les voix des enfants, par l’intermédiaire de ce livre, « Il se prenait pour le roi de la maison ! « , ces « leçons de vie qu’on oublie pas », nous permettent d’illustrer nos interventions sur la violence conjugale. Nous l’avons par exemple mobilisé à l’Université de Bretagne Occidentale en juin 2018.

Ce sont elles et eux les expert.e.s de leur vécu.

Le Réseau International des Mères en Lutte

 

 

 

Mémoriam : John Flynn nous a quitté en février 2019. Il était l’un des membres fondateurs du Collectif de recherche FemAnVi. Il a contribué de manière significative à son développement et à sa visibilité.