enfants victimes, inceste, violences sexuelles

Compte-rendu d’une intervention de Dorothée Dussy sur l’inceste

Nous republions, avec l’accord de l’auteur, ce compte-rendu réalisé en 2015 et récemment mis à jour.

Le blog de Manderley et d'Alex Vigne

Nous publions ce compte-rendu d’une intervention de Dorothée Dussy, anthropologue travaillant notamment sur l’inceste, ayant eu lieu à Brest (à l’Université de Bretagne Occidentale) le 20 novembre 2014. Mise à jour le 5 janvier 2021. Compte-rendu réalisé par Pierre-Guillaume Prigent.

Pour la terre entière, sauf pour le petit monde des anthropologues, l’inceste est un abus sexuel commis sur un-e enfant dans une famille. Ce petit monde des anthropologues parle habituellement de l’interdit de l’inceste : il désigne des règles matrimoniales, des systèmes de parenté, des alliances qui sont interdites. Il s’intéresse aux règles et aux normes, pas à la pratique. Pour Claude Lévi-Strauss, l’interdit de l’inceste signerait le passage de la nature à  la culture, serait la pierre angulaire de l’humanité.

Pour travailler sur l’inceste, dans la vraie vie, quand il arrive, et pas simplement sur des règles de parenté, il faut donc imaginer un autre terrain que les…

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Colloque international sur les violences post-séparation : « L’impossible rupture »

 

Gwénola Sueur, Co-fondatrice du Réseau International des Mères en Lutte / Photographie Simon Lapierre

Un colloque international sur les violences post-séparation en Belgique

La maison d’accueil pour femmes Solidarité Femmes de La Louvière, en Belgique, a fêté ses 40 ans en octobre 2019. À cette occasion fut organisé un colloque international intitulé « L’impossible rupture » les 15 et 16 octobre 2019.

Invité.e.s par Solidarité Femmes nous y sommes intervenu.e.s. Nous avions publié, en septembre 2019, un article : Contrôler les femmes après la séparation ou « l’impossible rupture ». Nous y annoncions cette conférence et présentions des informations sur le contexte belge, ainsi que l’étude d’Emmanuelle Mélan. Emmanuelle Mélan, criminologue, a réalisé des entretiens auprès de femmes. Elle a  complété ses entretiens par un questionnaire. 79 % des femmes sondées déclarent alors encore subir des violences après une séparation, celles-ci pouvant remonter à plus de 5 ans.

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L’impossible rupture. Clés de lecture et chiffres pour penser la sécurité des femmes et enfants dans un contexte de violences conjugales post-séparation, Emmanuelle Mélan

« Les violences conjugales post-séparation affectent un nombre important de femmes et d’enfants et la séparation représente un risque accru de dangerosité  » . Or, les conférences sur les violences après la séparation restent rares. Non seulement peu de chercheur.e.s travaillent sur cette problématique, encore moins avec une analyse féministe. Par ailleurs les médias s’intéressent peu à ces sujets et persistent à ignorer les recherches en cours. Alors que les expertes du Grevio invitent à former l’ensemble des intervenant.e.s auprès des victimes au mécanisme des violences après la séparation, peu de structures offrent des modules de formation, alliant rigueur scientifique et prise en compte de l’expérience des survivant.e.s.

En octobre 2015, l’Université des Femmes de Bruxelles avait abordé cette thématique, en proposant une journée d’étude sur le continuum des violences patriarcales le 14 octobre 2015.

Le continuum des violences patriarcales, 14 octobre 2015, Bruxelles / Photographie Université des Femmes de Bruxelles

 

Au Canada le collectif de recherche FemAnVi avait organisé une conférence internationale intitulée « Perspective internationale sur la violence post-séparation » les 11 et 12 avril 2017 à Ottawa. Des expert.e.s de plusieurs pays s’étaient réuni.e.s afin de réfléchir à la manière de protéger les femmes et les enfants vivant dans un contexte de violence post-séparation. Les constats de l’ensemble des intervenant.e.s se recoupaient et mettaient en avant la négation des violences après la séparation.

La situation française et la complicité institutionnelle avec l’agresseur furent présentées par Pierre-Guillaume Prigent et Gwénola Sueur : « Les mères séparées et leurs enfants face à la stratégie des agresseurs et à la complicité institutionnelle en France« . Illes se sont appuyés sur leur travail de recherche et leur soutien auprès de mères séparées et divorcées.

Plan de leur communication

  • Stratégies des agresseurs (stratégies discursives et législatives des groupes de pères séparées et divorcés en France)
  • Discours masculinistes et lobbying : quels bénéfices pour les hommes violents ?
  • État des lieux des violences post-séparation en France (constats des associations, présentation d’une étude de cas avec le récit d’une mère protectrice accusée d’aliénation parentale)
  • Pistes de réflexion (contrer les discours antiféministes, préconisations françaises)

 

« L’impossible rupture ». Penser la sécurité des femmes et des enfants en contexte de violences conjugales post-séparation

 

Patrizia Romito et Édouard Durand / Photographie RIML
Simon Lapierre / Photographie RIML
Pierre-Guillaume Prigent / Photographie RIML

Les 15 et 16 octobre 2019 plus de 300 personnes ont assisté à ces deux journées exceptionnelles : c’est la première fois en Belgique qu’était organisée une conférence d’une telle ampleur. La conférence fut filmée, une partie des interventions sont désormais en ligne. Nous vous invitons à les découvrir.

Allocutions de : Josiane Coruzzi – Jacques Gobert – Christie Morreale – Nathalie Vandenplas

Josiane Coruzzi

Emmanuelle Mélan

Patrizia Romito

Simon Lapierre

Gwénola Sueur

Pierre-Guillaume Prigent

Denise Tremblay et Louise Riendeau

Caroline Mommer et Caroline Prudhon

Jean-Louis Simoens et Cécile Kowal

Suite à ce colloque la revue L’Observatoire a consacré un numéro spécial aux violences après la séparation. Ce dossier présente « les analyses de plusieurs des intervenants de ce colloque. Démontrant le continuum des violences conjugales au-delà de la séparation, ceux-ci expliquent les stratégies mises en place par les auteurs pour garder leur emprise sur leur ex-partenaire, la manière dont ils utilisent à cette fin leur droit de parent et instrumentalisent leurs enfants ; enfin, ils pointent les idéologies, les valeurs, voire les mythes, tel celui du syndrome d’aliénation parentale, qui persistent et continuent à influer sur les représentations de nombre d’acteurs gravitant autour de ces situations : services psychosociaux, justice, police, … ».

Nous remercions l’équipe de Solidarité Femmes de nous avoir convié.e.s à participer à ce colloque et de leur accueil particulièrement chaleureux à La Louvière.

Le Réseau International des Mères en Lutte

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Mise en garde contre l’usage de l’ « aliénation parentale » en Espagne et au Canada

Consejo

Des travailleuses et travailleurs socio-judiciaires, en Espagne et au Canada, se sont positionné.e.s clairement, en janvier et février 2020, contre l’usage du « Syndrome d’Aliénation Parentale ».

  • En Espagne, El Consejo General del Trabajo Social publie le 27 janvier 2020 une note d’information (un décalogue) au sujet de l’usage du « Syndrome d’Aliénation Parentale ».

El Conjejo Genral del Trabajo Social est l’organe de représentation, de coordination et d’exécution de 36 collèges officiels du travail social en Espagne, qui comptent près de 40 000 membres. Il est chargé, entre autres, de réglementer l’exercice professionnel des travailleuses et travailleurs  sociaux, d’assurer le prestige de la profession et d’exiger des associations du travail social et de leurs membres qu’illes respectent leurs obligations déontologiques.

Conformément à la demande de la Résolution Européenne 2016/2575 (RSP), concernant le rôle des Services Sociaux dans la protection des mineurs, El Consejo General del Trabajo Social a fait une déclaration officielle sur le « Syndrome d’Aliénation Parentale » (SAP).

Dans la note d’information du 27 janvier 2020 cette organisme décrit le SAP comme un « faux syndrome » qui « a l’apparence d’être scientifique, mais ne l’est pas ». Il dénonce par ailleurs son « application aveugle » qui entraîne de « graves conséquences » dans des décisions portant sur la résidence des enfants. Les accusations implicites sont également prises en compte et dénoncées dans ce décalogue (aliénation parentale, inquiétude morbide, instrumentalisation des mineurs dans des contextes de conflit parental, conflits parentaux, manipulation du parent, etc…).

  • À Madrid, toujours en Espagne, des expert.e.s dans les domaines de la justice, de la psychologie et des droits de l’enfant ont appelé à leur tour le 7 février 2020 à mettre fin à l’utilisation du « Syndrome d’aliénation parentale » pour déterminer la garde des mineurs.

C’est l’une des  principales conclusions de la Journée d’analyse multidisciplinaire du syndrome dit d’ « aliénation parentale », organisée par l’Association des femmes juges d’Espagne, en collaboration avec l’Institut de la Femme et qui s’est tenue à Madrid. Cette conférence, qui est en ligne, a montré qu’aucune société ou association scientifique ne reconnaît l’existence du « Syndrome d’Aliénation Parentale ». Il est pourtant encore principalement utilisé pour retirer la résidence des enfants aux mères parce que l’on considère qu’elles manipulent les enfants. Les expert.e.s demandent de renverser ces situations avec une formation spécifique pour les actrices et acteurs judiciaires et médico-légaux. [maj : 17 mars 2010 : les conclusions de cette conférence sont accessibles en ligne]

 

  • Au Canada, l’ Action ontarienne contre la violence faite aux femmes (AOcVF), un regroupement d’organismes ontariens, féministes et francophones qui travaillent à défaire l’oppression vécue par les femmes, met en ligne le 24 janvier 2020 un communiqué de presse particulièrement argumenté.

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En effet, cet organisme constate que, depuis plusieurs années, l’usage de cette pseudo-théorie préoccupait les féministes et les intervenantes de maisons d’hébergement pour femmes et enfants, aux prises avec la violence conjugale.

Aussi, prenant en considération les impacts importants que ce concept provoquait sur la sécurité des femmes et enfants, l’ AOcVF, aux côtés de chercheuses et d’intervenantes, a souhaité dénoncer très clairement  l’utilisation de l’ « aliénation parentale » par le secteur social et judiciaire.

La méconnaissance des violences après la séparation et la mobilisation de notions floues sans fondement scientifique favorisent la confusion.

L ‘AOcVF  souligne ainsi :

On remarque aussi que le terme aliénation parentale est parfois utilisé pour décrire les comportements de l’ex-conjoint violent. En effet, dans un contexte de séparation, celui-ci aura fréquemment recours au dénigrement de la mère ou à la manipulation de l’enfant (Rinfret-Raynor, 2008). Ces comportements peuvent être compris comme étant des comportements d’aliénation parentale. Ainsi, le concept est aussi utilisé par des intervenantes de maisons d’hébergement pour expliquer les comportements du père. Cependant, dans cette situation précise de violences conjugales, il vaudrait mieux mobiliser la notion du contrôle coercitif. Le concept de contrôle coercitif, développé par Evan Stark (2007), fournit des pistes de compréhension plus approfondies des schémas de comportements de violence et de leurs impacts, notamment sur les enfants. Il offre une approche de compréhension du vécu de l’enfant aux prises avec la violence conjugale et permet ainsi de mieux réfléchir à des pistes d’intervention centrées sur sa sécurité et son bien-être en contexte post-séparation.

L’Action ontarienne contre les violences faites aux femmes,  en conclusion de son communiqué de presse, auquel nous adhérons étant donné nos formations et nos prises de position,  invite à une meilleure compréhension de la violence conjugale, notamment après la séparation :

Il est donc nécessaire de continuer à se mobiliser pour que la notion d’aliénation parentale ne soit plus utilisée par les intervenants sociaux et judiciaires au détriment des femmes et des enfants aux prises avec la violence conjugale. Il est aussi nécessaire qu’ils comprennent mieux le phénomène de la violence post-séparation et du contrôle coercitif pour mieux assurer la sécurité des femmes et des enfants.

Le Réseau International des Mères en Lutte

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Xavier Legrand : « En tant que citoyen, je me sens directement concerné par ce grave problème, et ce, d’autant plus parce que je suis un homme. »

Le blog de Manderley et d'Alex Vigne

Le couple Besson divorce. Pour protéger son fils d’un père qu’elle accuse de violences, Myriam demande la garde exclusive. La juge aux affaires familiales en charge du dossier accorde une garde partagée au père, ne sachant pas identifier le contrôle coercitif d’Antoine. Julien, leur petit garçon, va tout faire pour empêcher que le pire n’arrive. Sorti le 7 février 2018 en France, le film de Xavier Legrand Jusqu’à la garde, nous fait vivre la réalité de la violence post-séparation. Sollicité pour répondre aux questions de Gwénola Sueur le réalisateur nous plonge au coeur du processus de création d’une oeuvre exceptionnelle.

Gwénola Sueur : Les violences conjugales post-séparation affectent un nombre important de femmes et d’enfants et la séparation représente un risque accru de dangerosité. Ainsi en 2017 en France 131 femmes ont été tuées par leur conjoint ou ex-compagnon, essentiellement par arme à feu. 13 enfants ont été tués…

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Contrôler les femmes après la séparation ou « l’impossible rupture »

 

 

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La Belgique a signé en 2012, puis ratifié en 2016, la Convention du Conseil de l’Europe sur la prévention et la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique (Convention d’Istanbul). Depuis le mois de janvier 2019 le blog « Stop Féminicides » a répertorié 16 femmes tuées, « des femmes tuées parce qu’elles sont femmes » ;  4 enfants ont également été tués dans un contexte de violences conjugales, dont 2 en même temps que leur mère.

Depuis 2001, les acteurs/trices politiques se sont accordé.e.s sur une définition commune de la violence conjugale :

Les violences dans les relations intimes sont un ensemble de comportements, d’actes, d’attitudes de l’un des partenaires ou ex-partenaires qui visent à contrôler et dominer l’autre. Elles comprennent les agressions, les menaces ou les contraintes verbales, physiques, sexuelles, économiques, répétées ou amenées à se répéter portant atteinte à l’intégrité de l’autre et même à son intégration socioprofessionnelle. Ces violences affectent non seulement la victime, mais également les autres membres de la famille, parmi lesquels les enfants. Elles constituent une forme de violence intrafamiliale. Il apparaît que dans la grande majorité, les auteurs de ces violences sont des hommes et les victimes, des femmes. Les violences dans les relations intimes sont la manifestation, dans la sphère privée, des relations de pouvoir inégal entre les femmes et les hommes encore à l’œuvre dans notre société.

Or, dans le Rapport alternatif de la coalition « Ensemble contre les violences » envoyé au Grevio, en février 2019, les organisations de terrain constatent à travers leur pratique que la Belgique ne respecte pas ses obligations en matière de lutte contre les violences faites aux femmes.

En ce qui concerne spécifiquement les violences après la séparation, ce rapport rapporte que les autorités judiciaires estiment, la plupart du temps, que les violences à l’égard de la mère ne signifient pas que les enfants fassent également  l’objet de violences. Ils estiment souvent que les violences cessent, lors de la séparation. Les juges ont ainsi tendance à considérer qu’un mauvais mari n’est pas forcément un mauvais père.

En cas de séparations conflictuelles, la loi du 18 juillet 2006 en matière d’hébergement alterné égalitaire, implique d’opter de manière préférentielle pour une résidence en alternance.

La loi de 2006 ne prévoit aucune exception au principe de l’hébergement égalitaire, en cas de violence, et l’appréciation des violences et de leurs conséquences est laissée aux juges. Cette loi rend alors très difficile la protection des victimes de violences puisque l’orientation prise dans ces dossiers est de maintenir à tout prix un lien entre le parent violent et ses enfants. 

Il est à noter que les travaux préparatoires à cette loi font explicitement référence au Syndrome d’ Aliénation Parentale :

Avantages de l’hébergement égalitaire : l’hébergement égalitaire évite les risques de : […] une influence assez grande du parent à hébergement principal pour que l’enfant puisse développer un syndrome d’aliénation parentale (SAP). (extrait du Projet de loi du 17 mars 2005, amendement n° 51-1673/014)

Le rapport alternatif de la coalition « Ensemble contre les violences » (page 79) souligne, en ce qui concerne le SAP  :

Quant au Syndrome d’Aliénation Parentale invoqué dans les travaux préparatoires de la loi de 2006 et utilisé dans la jurisprudence, outre qu’il n’a aucun fondement scientifique, il renforce les droits des parents violents sous prétexte que l’enfant doit se construire avec ses deux parents et perpétue l’idée que les fausses allégations sont nombreuses et que les violences conjugales sont rares. Cette idée a tendance à discréditer la parole des femmes et des enfants et établit une confusion entre conflit et violence conjugale. En conclusion, le SAP contribue au bâillonnement des femmes et des enfants.

 

Peu de temps après la publication de ce rapport, les premiers résultats d’une étude en Fédération Wallonie-Bruxelles confirme que pour la majorité des femmes victimes de violences conjugales, ces violences perdurent après la séparation (1).

Emmanuelle Mélan  est chercheuse en criminologie à l’UCL et travaille à mi-temps au collectif et refuge pour femmes victimes de violences conjugales (ASBL Solidarité Femmes) de La Louvière, présidé par Josiane Coruzzi.

Emmanuelle Mélan a réalisé des entretiens auprès de femmes. Elle a ensuite complété ses entretiens par un questionnaire. 79 % des femmes sondées déclarent encore subir des violences après une séparation, celles-ci pouvant remonter à plus de 5 ans.

Les résultats montrent que les violences post-séparation sont occasionnellement physiques. Elles sont surtout d’ordre psychologique et moral (harcèlement, contrôle, menaces de violences physiques ou de mort, dénigrement auprès des enfants, alliance avec ces derniers ou avec l’entourage) en vue de nuire et porter atteinte à l’intégrité psychique des femmes. L’étude montrent que les violences sont également d’ordre économique (non respect de paiement de la pension alimentaire).

Par ailleurs, l’étude met en avant que les enfants sont les instruments du continuum des violences lors des procédures juridiques. En effet 80 % de femmes ont dû faire face à un partenaire qui, par une attitude non collaborative, a rendu la procédure difficile, de manière régulière voire constante. Les femmes concernées sont près de la moitié à avoir répondu que monsieur avait tout le temps eu un comportement déstabilisant visant à rendre les choses pénibles. Il utilise alors essentiellement les enfants afin d’arriver à ses fins.

La chercheuse dénombre par ailleurs quatre stratégies violentes et anxiogènes pour la mère, stratégies utilisées de manière permanente (tout le temps) ou régulière (souvent) :

  • menacer de faire perdre la garde des enfants (80 % des dossiers) ;
  • utiliser l’enfant pour contrôler et piéger la mère (89 %) ;
  • faire alliance avec l’enfant contre la mère (92 %) ;
  • faire de fausses allégations et dénigrer (92 %).

Enfin l’étude souligne que  la peur continue à être présente chez un tiers de ces femmes,  peur qui est encore plus présente (43 %)  lorsqu’il s’agit de la sécurité de leur(s) enfant(s).

En ce qui concerne les droits de visite et la sécurité le rapport alternatif de la coalition « Ensemble contre les violences » recommande de :

  • former les juges et avocats, ainsi que les professionnel.le.s de la sphère psychosociale aux mécanismes des violences et à la différence entre conflit et violence, à leur persistance après la séparation et à leurs impacts sur les enfants ;
  • modifier la loi de 2006 sur « l’hébergement égalitaire » de façon à ce que l’impact des violences conjugales sur les enfants soit pris en considération par les magistrat.e.s dans les décisions relatives au droit de garde, à l’hébergement, à l’exercice de l’autorité parentale et aux droits de visite (lieux sécurisés, horaires adéquats, etc.).

Les  mardi l’ASBL Solidarité Femmes organise à La Louvière un colloque international sur la question des violences post-séparation :

L’impossible rupture. Penser la sécurité des femmes et des enfants en contexte de violences conjugales post-séparation

L’association a invité un panel d’experts internationaux (France, Italie, Canada) à faire part de leur expérience, des recherches qu’ils ont menées et des bonnes pratiques qui ont cours dans leur pays sur la question des violences post-séparation. Nous y serons.

 

Le Réseau International des Mères en Lutte

 

(1) : Mélan, E., « Les violences post séparation en Fédération Wallonie-Bruxelles. État de la question, témoignages et recommandations pour penser la sécurité des victimes », première partie, réalisée avec le soutien de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Novembre 2018, Solidarité Femmes ASBL, La Louvière, 80 pages. Publication en cours.

Mélan, E. (2019). Chronique de criminologie. Revue de science criminelle et de droit pénal comparé, 2(2), 489-503.

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La responsabilité institutionnelle dans la mise en danger des enfants

Ferederiko

(extrait du power point de Patrizia Romito, photographie réalisée à Ottawa le 11 avril 2017)

Les violences conjugales post-séparation sont de la même nature que les violences conjugales. Selon  la Professeure italienne Patrizia Romito, « il s’agit d’un ensemble de comportements caractérisé par la volonté de domination et de contrôle d’un partenaire sur l’autre, qui peuvent inclure brutalités physiques et sexuelles, abus psychologiques, menaces, contrôles, grande jalousie, isolement de la femme ainsi que l’utilisation des enfants à ces fins ».

Elle précise que les motivations à ces violences peuvent être regroupées en trois catégories : les représailles et la vengeance, le rétablissement de la situation de pouvoir et de contrôle, la tentative de forcer une réconciliation qui permet le rétablissement du contrôle. Les violences conjugales post-séparation affectent un nombre important de femmes et d’enfants et la séparation représente un risque accru de dangerosité.

De fait une absence de repérage des situations à risques ainsi qu’une mauvaise décision en matière de justice aux affaires familiales peuvent avoir des conséquences dramatiques, allant du transfert de résidence des enfants chez le parent violent, aux meurtres des femmes et des enfants.

Les violences létales après la séparation : tuer les enfants pour punir la mère

En Grande-Bretagne, l’analyse par Hilary Saunders de la situation de 29 enfants qui ont été tués par leur père après la séparation montre que ces homicides avaient eu lieu dans un contexte de négociations très conflictuelles entre les parents pour la garde des enfants ou le droit de visite. Dans les 13 familles analysées, la quasi totalité des mères avaient subi des violences conjugales. Pourtant le tribunal les avait obligées à accepter des contacts entre le père et les enfants.

Au Canada, lors du colloque Perspectives internationales sur la violence post-séparation organisé par FemAnVi, les 11 et 12 avril 2017, Patrizia Romito a illustré la responsabilité institutionnelle dans ces meurtres. Elle est notamment revenue sur la mort de Federiko Barakat en Italie.

Le 25 février 2009, ce petit garçon de huit ans est tué par son père dans les locaux des services sociaux de San Donato Milanese. Suite à la séparation qui intervient après des violences conjugales, sa mère Antonella Penati cherche à mettre en sécurité l’enfant mais elle est accusée d’aliénation parentale. Des contacts sont alors ordonnés et mis en place pour rétablir le lien entre le père et l’enfant. Le père tue Federiko lors d’une visite supervisée avec une arme à feu, puis s’acharne sur l’enfant en le frappant de plusieurs coups de couteau, avant de se suicider.

En Espagne, sur une période de 7 années, 29 enfants ont été tués par leur père pour se venger de leur mère. Ces meurtres sont comptabilisés à partir de 2013, puisque ces victimes sont considérés comme des victimes de violence de genre dans les statistiques officielles.

Dans une récente interview, le professeur en médecine légale à l’université de Grenade , Miguel Lorente Acosta, revient sur le cas des enfants tués. Il déplore qu’une personne condamnée avec injonction contre son ex- femme ou ex-conjointe puisse encore continuer à avoir accès aux enfants. Puis il ajoute :

Un agresseur ne peut jamais être un bon père. Ils ont appris qu’il y a un moyen de faire encore plus de mal avec la mort des enfants.

Un père, Tomás Bretón, est condamné en juillet 2013 à 40 ans de prison pour le meurtre de ses deux enfants, Ruth (six ans) et José (deux ans). Il les tue en représailles à la demande de son épouse de se séparer. La mère des deux enfants, Ruth Ortiz, a témoigné afin d’obtenir du Parlement un consensus pour réformer la loi intégrale et inclure les mères des enfants tués comme victimes de violence sexiste. Elle analyse :

Les agresseurs savent ce qu’est le plus grand mal et le plus grand mal est de prendre la vie de vos enfants.

Il est à souligner que la Cour Suprême a condamné l’Espagne en 2018 a versé une indemnité de 600 000 euros à une mère, Ángela González, pour la responsabilité des autorités espagnoles à l’égard du décès de sa petite fille Andrea, âgée de sept ans. Elle a été assassinée par son père lors d’une visite non supervisée autorisée par un juge.

Aux États-Unis ce sont près de 700 enfants qui ont été tués par leurs parents au cours d’un divorce ou d’une séparation depuis 2008, selon le Center for Judicial Excellence, un organisme basé en Californie.

Les avocats d’une mère survivante, Hera McLeod , lors de la procédure de garde pour son petit garçon Prince, lui ont conseillé de faire attention à ce qu’elle disait au sujet du père de l’enfant, Joaquim Rams, et aux détails à divulguer au sujet de son comportement violent. La mère souhaitait une mise en sécurité suite aux nombreuses violences de cet homme. Le juge a pourtant estimé qu’il n’y avait pas suffisamment de preuves. Après avoir ordonné à Hera McLeod des visites supervisées entre le père et Prince, le juge décide de lui accorder des droits de visites non supervisés. C’est lors de la quatrième visite le 20 octobre 2012 que l’enfant est tué par son père. Prince était âgé de 15 mois.

Un article de Samantha Schmidt, publié le 29 juillet dans le Washington Post revient sur les filicides dont celui de Prince et de la petite Kyra Francheti, puis présente en exclusivité les derniers résultats de l’étude de Joan Meier. Car si ces infanticides semblent être des situations extrêmes, ils illustrent néanmoins la tendance des tribunaux de la famille à ne pas croire les mères lorsqu’elles demandent à être mise en sécurité avec leurs enfants.

L’étude de Joan Meier

L’étude inédite de l’Université George Washington réalisée par la professeure de droit Joan S. Meier, montre que les mères qui signalent des cas de violence – en particulier des violence faite aux enfants – perdent la garde de leurs enfants à une fréquence stupéfiante.

Dans un article de 2017, elle rend compte de l’analyse de  238 jugements entre 2002 à 2013 aux États-Unis. Ces jugements concernent la résidence d’enfants de parents séparés, et leur analyse apporte des éléments sur le lien entre aliénation parentale et violence. Dans cette étude, les accusations d’aliénation parentale conduisent les tribunaux à ne pas prendre en compte les preuves de violences paternelles envers les femmes et les enfants, à retirer des enfants aux parents (principalement les mères) qui veulent les protéger et à placer ou fixer leur résidence chez l’agresseur, même lorsque des juges reconnaissent l’existence de violences. Ainsi,  les femmes qui présentent des preuves de violence envers les enfants sont plus susceptibles d’en perdre la garde, que les femmes qui signalent uniquement de la violence conjugale. Les accusations d’aliénation parentale en réponse à ces dévoilements doublent pratiquement le taux de perte de résidence des enfants par les mères.

Dans une intervention de novembre 2018, Joan Meier et son équipe de recherche complètent les résultats. 4 338 jugements de 2005 à 2015 ont été analysés. Tous types de violences confondus (violence conjugales, violences contre les enfants, violences sexuelles contre les enfants), les accusations réalisées par les mères ne sont reconnues que dans 41 % des cas, et quand une accusation d’aliénation parentale est portée, dans 23 % des situations seulement. En outre ce sont les accusations de violences sexuelles sur les enfants qui sont les moins reconnues (15 %), et elles ne le sont presque jamais quand l’aliénation parentale est mobilisée par le père (2 %, 1 sur 51). Ainsi, lorsque l’aliénation parentale est utilisée par le père comme moyen de défense, la probabilité que le juge reconnaisse la violence est divisée par 2, et presque par 4 quand il s’agit de violence contre les enfants.

L’accusation d’aliénation parentale par les pères a également une incidence sur la résidence des enfants. En effet, lorsque la mère accuse le père de violence, la résidence est transférée chez lui dans 26 % des cas quand il ne se sert pas de l’aliénation parentale, et dans 44 % dans cas lorsqu’il mobilise ce pseudo-concept. Elle constate par ailleurs que même lorsque les violences sont reconnues, et que l’aliénation parentale est utilisée, la résidence est transférée dans 43 % des cas (6 sur 14).

Pour résumer, ces données « confirment les nombreux témoignages de femmes qui dénoncent l’ignorance par les tribunaux de la famille de la violence, ce qui met potentiellement les enfants en danger. Elle confirme également que les accusations d’aliénation sont efficaces pour occulter la violence ». L’étude comporte cependant deux limites principales : elle ne démontre pas que le rejet par les tribunaux des accusations de violences est erroné, mais seulement qu’il est répandu. De plus, l’étude est également axée sur les affaires en appel, qui peuvent présenter certaines différences avec les affaires en première instance.

Conclusion

Au Canada, des rapports et des recherches universitaires visent à identifier les situations à risques. Par exemple, en novembre 2012, un comité d’experts sur les homicides intrafamiliaux remet au ministre de la Santé et des Services sociaux et au ministre responsable des aînés un rapport proposant des recommandations. En 2014 la Fédération des maisons d’hébergement pour femmes publie à son tour un document qui vise à faire connaître ses recommandations en matière de prévention des homicides intrafamiliaux.

Au Royaume-Uni, le gouvernement a lancé le 19 juillet à un appel à témoigner aux victimes, afin d’examiner les risques que courent les enfants qui entretiennent une relation avec un parent ayant des antécédents de comportement violent. Ce projet est supervisé par un groupe d’expert.e.s et souhaite mettre en lumière la manière dont les tribunaux de la famille gèrent la sécurité et le bien-être des enfants lorsqu’il existe un risque de violence familiale.

En France, la publication chaque année de l’Étude nationale sur les morts au sein du couple de la Délégation Aux Victimes permet de connaître le nombre d’enfants tués dans deux situations entre 2006 et 2018.

111 enfants furent tués en même temps que leur parent (la mère dans 110 situations sur 111)

181 enfants furent tués « en raison de séparations difficiles ou de conflits de couple (tandis que l’autre parent n’est pas victime) » (c’est l’intitulé de la DAV)

L’auteur de ces 292 meurtres ou assassinats était de sexe masculin dans une écrasante majorité des situations. La mission sur les morts violentes d’enfants au sein des familles confirme également le « lien très fort entre  entre la violence conjugale et les violences commises sur les enfants ».

Par l’intermédiaire de la veille féministe de Féminicides par compagnon et ex-compagnon , nous apprenons que plus d’une dizaine d’enfants ont été tués par leur père depuis le début de l’année 2019. Alors que des membres du mouvement des intérêts des pères séparés et divorcés considèrent parfois ces hommes comme des martyrs du divorce et vont jusqu’à présenter comme unique solution à ces meurtres la systématisation de la résidence en alternance, que compte faire le gouvernement français pour mettre en sécurité les enfants ?

[Maj] Le 17 août 2020 le gouvernement publie l’Étude nationale sur les morts violentes au sein du couple. Ce rapport déclare page 26 que  » 25 infanticides ont été commis dans un contexte conjugal ». Il précise que : « 3 mineurs ont été tués concomitamment à l’homicide de leur mère dans 3 affaires distinctes. Dans ces affaires, 1 auteur s’est suicidé ». Puis le rapport ajoute que  » Dans 14 affaires distinctes, 22 enfants ont été tués dans le cadre d’un conflit de couple sans qu’aucun membre du couple ne soit victime. L’auteur de l’infanticide est majoritairement le père (12 affaires), la mère l’ayant été à 2 reprises ».

Le Réseau International des Mères en Lutte

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J’avais peur que ma mère, elle soit morte…

il se prenait pour le roi de la maison

Isabelle Côté et Simon Lapierre font partie du collectif de recherche féministe anti-violence FemAnVi.  Ce collectif cherche à mobiliser, soutenir, et mettre en lien les chercheur.e.s, les étudiant.e.s, les intervenant.e.s et les militant.e.s contre les violences faites aux femmes.

Les 9 et 10 avril 2015, FemAnVi organise un colloque intitulé « Les enfants exposés à la violence conjugale : conversations internationales pour des recherches et des pratiques novatrices ».  À cette occasion, la Faculté des sciences sociales de l’Université d’Ottawa accueille 14 conférencières provenant du Canada, des États-Unis, de la Suède et de l’Angleterre.

Puis en avril 2016, Isabelle Côté, Vanessa Couturier, John Flynn et Simon Lapierre, rédigent et publient le compte-rendu de cette conférence.

Illes constatent que

les recherches sur les enfants exposés à la violence conjugale se sont surtout basées sur des données recueillies auprès d’adultes, incluant les mères et les professionnels. Ces recherches ne permettent pas de saisir toute la diversité et la complexité des expériences vécues par les enfants. Cette tendance s’explique, entre autres, par le peu de valeur accordée au point de vue des enfants de manière plus générale.

Illes mettent en avant également, et à juste titre, que les enfants

ne sont généralement pas considérés comme des sujets ou comme des acteurs sociaux suffisamment compétents pour être en mesure de définir et d’expliquer leur réalité. Cette tendance peut être généralisée à la société dans son ensemble, où le point de vue des enfants est rarement écouté et entendu.

Les recherches sur l’exposition à la violence conjugale mettent en effet l’accent sur l’ampleur du phénomène, ainsi que sur les conséquences sur le développement des enfants et des adolescents. Cependant peu d’études se concentrent sur leur expérience.

Au printemps 2018 à Montréal, Simon Lapierre et Isabelle Côté nous présentent plus en détail un livre qui donne une voix aux enfants qui ont vécu de la violence conjugale.

Entre 2011 et 2017, illes ont rencontré et interrogé 59 jeunes, âgés de 6 à 18 ans, par l’intermédiaire de maisons d’hébergements pour femmes victimes de violences conjugales. Plusieurs enfants participant à ce projet de recherche, leur demandent de partager leurs histoires afin que le grand public découvre leur expérience.  Ils souhaitent également que d’autres enfants, qui vivent ce genre de situation, se sentent moins seuls, et que cesse la violence.

Le projet de réaliser un livre à destination de la jeunesse est alors né. Intitulé : « Il se prenait pour le roi de la maison ! Des enfants parlent de la violence conjugale. »,  il est publié aux éditions du Remue-Ménage à Montréal.

L’illustratrice Élisabeth Eudes-Pascal proposent que les paroles des enfants, recueillies par Simon Lapierre et Isabelle Côté, soient représentées par des animaux.

Ce livre s’adresse ainsi aux enfants de 9 à 12 ans (page 5)  :

Alors s’il t’arrive, par exemple, de voir ou d’entendre ton père être violent envers ta mère, tu sauras que d’autres enfants, d’autres jeunes, vivent aussi cette situation. Tu verras que ça peut t’aider énormément d’en parler avec quelqu’un en qui tu as confiance.

Simon Lapierre explique dans un entretien :

Les enfants, quand ils vivent dans un contexte de violence conjugale, ils sont isolés, ils pensent qu’ils sont les seuls à vivre cette réalité. Dans ce sens-là, le livre pourra permettre de réaliser qu’ils ne sont pas les seuls, et du coup, ça devient moins difficile, moins tabou d’en parler.

Il est cependant recommandé qu’un adulte accompagne l’enfant lors de la lecture de ce livre. En situation d’intervention en violence conjugale, cet ouvrage peut favoriser les confidences et outiller l’adulte qui aide l’enfant dans ce contexte.

Ce livre s’adresse donc aussi aux adultes (page 7)  :

Les enfants nous ont aussi demandé de partager leurs propos avec tous les adultes qui côtoient des enfants, pour qu’ils soient sensibilisés à cette réalité et qu’ils soient alors en mesure de mieux soutenir les jeunes de leur entourage.

Isabelle Côté précise :

C’est aussi un moyen de sensibiliser leur entourage, de permettre une meilleure compréhension de leur situation et de fournir des repères afin de mieux les appuyer. 

Au fil de courts récits, en bandes dessinées, nous découvrons comment ces enfants vivent les violences, puis comment ils sont amenés à les dévoiler. Les agresseurs sont des pères ou des beaux-pères. Les enfants retrouvent, après une intervention extérieure, un mieux -être dans leur vie, une fois mis en sécurité.

Le livre met en avant que la principale crainte de l’enfant est que sa mère soit tuée.

Extrait page 18 :

Des fois, ça allait trop loin…

Ils se chicanaient souvent, pis dans une chicane, j’ai entendu que mon père… il a fait des menaces de mort à ma mère.

J’avais peur que ma mère, elle soit morte, à cause qu’il la frappait tout le temps.

 

Une fois mis en sécurité l’enfant est enfin apaisé et est « capable de sourire, et de rire ».

Extrait page 34 :

Ben c’est sûr que maintenant, ma mère, elle pleure plus, pis c’est plus le fun l’ambiance ! (…)

Moi pis ma mère, ça a toujours été spécial, parce qu’on s’est tout le temps compris dans le fond.

Ma mère, c’est ma vie ça. Genre… tu la tues, tu tues moi too ! C’est elle qui me fait pomper le cœur. Moi pis ma mère, on est vraiment… enchaînés ensemble.

Parallèlement le collectif de recherche FemAnVi propose un outil favorisant la communication mère-enfant en contexte de violence conjugale. Il s’adresse aux plus petits comme aux plus grands, ainsi qu’à leur mère. Il peut être utilisée lors du séjour en maison d’hébergement ou suite à celui-ci. Il s’agit d’une boite aux lettres, elle permet de :

  • Briser le silence sur la violence conjugale ;
  • Créer un espace de partage (bidirectionnel) pour les femmes victimes de violence conjugale et leurs enfants ;
  • Favoriser l’expression des émotions ;
  • Mettre l’accent sur les aspects positifs de la relation et renforcer ces aspects positifs ;
  • Favoriser une reprise du pouvoir pour les femmes et pour les enfants.

Les voix des enfants, par l’intermédiaire de ce livre, « Il se prenait pour le roi de la maison ! « , ces « leçons de vie qu’on oublie pas », nous permettent d’illustrer nos interventions sur la violence conjugale. Nous l’avons par exemple mobilisé à l’Université de Bretagne Occidentale en juin 2018.

Ce sont elles et eux les expert.e.s de leur vécu.

Le Réseau International des Mères en Lutte

 

 

 

Mémoriam : John Flynn nous a quitté en février 2019. Il était l’un des membres fondateurs du Collectif de recherche FemAnVi. Il a contribué de manière significative à son développement et à sa visibilité.

 

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Violence conjugale et aliénation parentale

 

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Simon Lapierre et Isabelle Côté, du collectif de recherche FemAnVi, ont réalisé durant l’été 2015 une recherche afin d’évaluer les accusations d’aliénation parentale à l’égard des femmes victimes de violence conjugale. Cette étude qualitative et quantitative a été réalisée dans plusieurs maisons d’hébergement à travers le Québec, en partenariat avec le Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale. La Fédération des maisons d’hébergement pour femmes et Action ontarienne contre la violence faite aux femmes se sont jointes ensuite au projet.

Alors que les fondements théoriques et empiriques du concept d’aliénation parentale sont remis en question par plusieurs chercheur.e.s, ce concept est non seulement utilisé contre les victimes de violence conjugale au Québec mais le phénomène est même en augmentation. En effet, la recherche de FemAnVi a montré que les accusations ou menaces d’accusation formulées dans la dernière année de leur étude, représentaient près de la moitié de toutes les accusations ou menaces d’accusations formulées au cours des cinq années précédentes. Les accusations ou menaces d’accusations provenaient essentiellement des intervenant.e.s en protection de l’enfance, des conjoints ou ex-conjoints violents, et des intervenant.e.s dans le système judiciaire ou en droit de la famille.

Le Collectif de recherche féministe FemAnVi, le Réseau québécois en études féministes (RéQEF) et l’Institut de recherches et d’études féministes de l’UQAM ont organisé un colloque le 26 avril 2018 à Montréal intitulé « L’aliénation parentale : une menace pour les femmes et les féministes ? » à l’Université du Québec (UQAM). Les conférencières et conférenciers ont fait le point sur le concept d’aliénation parentale et ses manifestations en Europe et au Québec, tout en établissant des liens avec l’antiféminisme. Ce forum visait à lutter contre ce concept, éviter les dérives présentées par les chercheur.e.s européen.ne.s et à freiner celles observées au Québec.

Des capsules pédagogiques ont été réalisées lors de ce colloque, elles sont désormais accessibles sur le site du RéQEF, sur YouTube. Tout le forum n’a pas été capté ; des intervenant.e.s ont préféré ne pas être filmé.e.s. Les échanges avec la salle sont également restés confidentiels, des mères étaient présentes, leurs témoignages ont confirmé les constats des chercheur.e.s et intervenantes en maisons d’hébergement. Nos co-fondateurs Pierre-Guillaume Prigent et Gwénola Sueur ont réalisé une communication, sollicité.e.s par Isabelle Côté et Simon Lapierre. Ils ont réalisé une recherche exploratoire afin de mieux appréhender le phénomène.

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Voici les vidéos. Attention, elles peuvent être réactivantes.

  • Isabelle Côté et Francine Descarries ont ouvert le forum.
  • Mélissa Blais a ensuite présenté Richard Gardner, l’inventeur de cette pseudo théorie.
  • Gwénola Sueur et Pierre-Guillaume Prigent sont revenus sur l’histoire et l’usage du syndrome d’aliénation parentale contre les mères séparées et divorcées en France.
  • Marie Denis a fait le point sur la situation en Belgique.
  • Simon Lapierre et Patrick Ladouceur ont présenté une analyse documentaire et le point de vue d’experts sur la question.
  • Enfin des intervenantes en maisons d’hébergement ont montré que l’utilisation du concept l’aliénation parentale était une stratégie d’occultation de la violence masculine (Alexandra Vincent, Maison l’Escale pour Elle ; Clémence Champagne, Maison La Traverse ; Danielle Mongeau, Maison Dalauze ; Marie-Josée Lefebvre, Maison Unies-Vers-Femmes).

Le 28 août 2018, lors du huitième Congrès International des Recherches Féministes dans la Francophonie (CIRFF) à Nanterre, Michèle Frenette, Patrick Ladouceur et Simon Lapierre ont exposé de nouveau les résultats de leur étude, dont l’objectif général est d’analyser les discours et les processus par lesquels des femmes victimes de violence conjugale sont accusées d’aliénation parentale. Il s’agit d’un phénomène récent au Québec par rapport à d’autres pays comme la France où le concept est arrivé dans les années 90. L’accent a été mis sur les liens entre l’aliénation parentale et la violence conjugale, tels que présentés dans les politiques et dans les propos d’informatrices et d’informateurs issus des secteurs de la violence conjugale, de la protection de la jeunesse et du droit de la famille.

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Le lendemain, Manon Monastesse (directrice générale de la Fédération des maisons d’hébergement pour femmes) a réalisé une communication sur : « Quand l’aliénation parentale occulte la violence envers les femmes et leurs enfants : enjeux de reconnaissance de droit des femmes dans nos sociétés patriarcales ». Elle a montré comment les maisons d’hébergement doivent depuis ces dernières années faire face et s’adapter à la stratégie utilisée par les acteurs du système judiciaire au Québec, qui est d’invoquer le concept d’aliénation parentale afin de miner la crédibilité des femmes/mères violentées.

Réseau International des Mères en Lutte, 2018. Mail : reseauiml@netcourrier.com | Twitter : @reseauiml | Facebook : https://www.facebook.com/reseauiml/

Note du 7 février 2019 : le rapport rédigé par Isabelle Côté et Simon Lapierre (avec la collaboration de Francis Dupuis-Déri) est désormais en ligne. Il est intitulé L’aliénation parentale. Stratégie d’occultation de la violence conjugale ?

Note du 19 mai 2019 : une note de synthèse sur l’aliénation parentale a été envoyée à l’OMS. Elle a été rédigée par Linda C Neilson, Professor Emerita, University of New Brunswick,Canada,and Research Fellow of the Muriel McQueen Fergusson Centre for Family Violence Research composed this memo with the support and assistance of Joan Meier, Professor of Law, George Washington University Law School and Legal Director, Domestic Violence Legal Empowerment and Appeals Project (DV LEAP); Elizabeth Sheehy, Professor Emerita, F.R.S.C., O.O., University of Ottawa, Faculty of Law; Margaret Jackson, Professor Emerita, Director of the FREDA Centre on Violence Against Women and Children; Prof. Ruth Halperin-Kaddari, Professor at Bar-Ilan University Faculty of Law, Israel, Founding Head of the Rackman Center for the Advancement of Women at BIU and former Vice-Chair of CEDAW; Susan Boyd, Professor Emerita F.R.S.C., Peter A. Allard School of Law, University of British Columbia; Peter Jaffe, PhD, Psychologist & Professor, Academic Director, Center for Research and Education on Violence Against Women and Children, Western University, London ON, Canada; and Simon Lapierre, Full Professor, School of Social Work, University of Ottawa.

 

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Abusive Endings : Separation and Divorce Violence against Women (2017)

We invite you to read Abusive endings, which we have read since it was published in 2017.

Abusive

Written in a highly readable fashion, this book, Abusive Endings : Separation and Divorce Violence against Woment (2017) will be a resource for researchers, practitioners, activists, & policy makers.

It offers a thorough analysis of the social-science literature on one of the most significant threats to the health and well-being of women today—abuse at the hands of their male partners.

The authors, Walter DeKeresedy , Molly Dragiewicz and Martin D. Schwartz provide a moving description of why and how men abuse women in myriad ways during and after a separation or divorce. The material is punctuated with the stories and voices of both perpetrators and survivors of abuse.

Dr. DeKeseredy was awarded the American Society of Criminology’s Division on Critical Criminology’s Critical Criminologist of the Year Award in 1995. Most recently, Dr. DeKeseredy was awarded the 2008 Lifetime Achievement Award from the American Society of Criminology’s Division on Criminology.  Dr. DeKeseredy has authored or co-authored 15 books on topics such as woman abuse, crime on poverty in public housing, and women in conflict with the law.

Molly Dragewicz, is a criminologist. In Equality with a Vengeance : Men’s Rights Groups, Battered Women, and Antifeministe Backlash (2011) she investigated efforts by fathers’ rights groups to undermine battered women’s shelters and services, in the context of the backlash against feminism. She examined the lawsuit Booth versus Hvass, in which fathers’ rights groups attempted to use an Equal Protection claim to argue that funding emergency services that target battered women is discriminatory against men.

In 2018 she writes an other very interesting article (with Michael Salter, Jean Burgess and Bridget Harris) :  » Technology facilitated coercive control: Domestic violence and the competing roles of digital media platforms « . It describes domestic violence as a key context of online misogyny, foregrounding the role of digital media in mediating, coordinating, and regulating it; and proposing an agenda for future research. We have diffused this article on Twitter with the #TFCC.

Prof. Schwartz is a criminologist . Most of his publications are in the area of violence against women, including sexual assault, physical assault, sexual harassment, and child sexual assault.

Le Réseau International des Mères en Lutte

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Les mères en lutte, ces oubliées du projet Schiappa

Le projet de loi français porté par Marlène Schiappa ne répond pas aux attentes des survivantes et de leurs soutiens, qu’ils s’agissent de leurs proches, des bénévoles et professionnels qui les accompagnent, dans des conditions souvent précaires. Le gouvernement avait pourtant annoncé à grand bruit vouloir « sanctionner comme il se doit les auteurs de violences sexistes et sexuelles à l’encontre des femmes et des enfants, et de mettre fin à leur impunité ».

Les grandes absentes de ce projet de loi sont les mères protectrices, ces femmes qui, aujourd’hui, tentent de protéger leurs enfants suite à des révélations de violences paternelles, notamment sexuelles. Ces femmes doivent se confronter à une justice pénale et civile ou à une protection de l’enfance perméables aux théories anti-victimaires qui, plutôt que de les protéger, va les accuser d’être sur-protectrices, fusionnelles et de vouloir éloigner les enfants du père. Au terme de procédures longues, coûteuses et violentes, elles les voient remis à l’agresseur, ou bien placés dans des foyers, en tout les cas séparés d’elles, étiquetées, pour des années, « aliénantes ».

Le premier article du projet de loi élargit les délais de prescription, et laisse espérer à des victimes devenues adultes qu’elles pourront obtenir réparation grâce à la justice (sous condition d’une absence de correctionnalisation, car en effet l’allongement des délais ne s’applique qu’aux crimes…). Mais jusqu’à présent, cette justice s’avère plus souvent complice des agresseurs que protectrice des victimes.

Le rajout d’une circonstance aggravante du délit d’ « atteinte sexuelle avec pénétration » va consacrer la correctionnalisation des viols sur les mineurs de 15 ans. Cette pratique, à ranger parmi les stratégies d’occultation de la violence masculine, est déjà permise en France depuis la loi Perben de 2004. En outre, les enfants vont toujours devoir prouver, malgré cette loi, leur absence de consentement à un acte sexuel avec un adulte. Ils vont ainsi continuer à porter sur leurs épaules la responsabilité du crime lorsque le viol sera requalifié en atteinte sexuelle, ce que l’agresseur cherchait par ailleurs à obtenir en inversant la culpabilité : « tu as consenti à ce qui est arrivé, ce n’est pas un viol ».

L’hypocrisie de cette loi, c’est de faire croire qu’il suffira de mesurettes déconnectées de la réalité pour en finir avec l’impunité des agresseurs, alors que le système a besoin d’être changé en profondeur. Que les intervenant.e.s socio-judiciaires prennent en compte le continuum des violences faites aux femmes et aux enfants (appropriation et contrôle du corps et de la sexualité, contrôle coercitif, corruption de mineurs, agressions sexuelles, viols), que l’ensemble de la chaîne auprès des victimes enlève le sable de ses yeux avec une lecture féministe des violences, pour laquelle céder n’est pas consentir, et pour laquelle les violences trouvent leur origine dans la domination masculine.

Nous exigeons que de telles violences n’arrivent plus, à l’heure où nous écrivons, et que lumière soit faite sur les violences commises, aujourd’hui, au sein des foyers. Que les violences  incestueuses cessent, et qu’on ne se contente plus de saluer avec gêne la force de celleux qui y ont survécu. Mais nous savons qu’il est socialement plus convenu d’honorer le courage de figures que l’on relègue au passé, que de soutenir le combat des enfants qui dévoilent des violences et des mères en lutte, ici et maintenant. La lutte de ces femmes, amorcée en 1999 à Lyon suite à l’incarcération d’une mère pour non-présentation d’enfant, n’a guère évolué en 2018.

Nous soutenons les actions et les initiatives qui viseront à dénoncer la dangerosité et l’insuffisance de cette loi, véritable bouée crevée. Nous estimons que seule une approche féministe, et donc politique, des violences faites aux femmes et aux enfants permettra de les éradiquer et sous condition qu’elle soit accompagnée d’un soutien matériel à celles qui combattent, bien souvent seules, le système patriarcal.

Le Réseau International des Mères en Lutte