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J’avais peur que ma mère, elle soit morte…

il se prenait pour le roi de la maison

Isabelle Côté et Simon Lapierre font partie du collectif de recherche féministe anti-violence FemAnVi.  Ce collectif cherche à mobiliser, soutenir, et mettre en lien les chercheur.e.s, les étudiant.e.s, les intervenant.e.s et les militant.e.s contre les violences faites aux femmes.

Les 9 et 10 avril 2015, FemAnVi organise un colloque intitulé « Les enfants exposés à la violence conjugale : conversations internationales pour des recherches et des pratiques novatrices ».  À cette occasion, la Faculté des sciences sociales de l’Université d’Ottawa accueille 14 conférencières provenant du Canada, des États-Unis, de la Suède et de l’Angleterre.

Puis en avril 2016, Isabelle Côté, Vanessa Couturier, John Flynn et Simon Lapierre, rédigent et publient le compte-rendu de cette conférence.

Illes constatent que

les recherches sur les enfants exposés à la violence conjugale se sont surtout basées sur des données recueillies auprès d’adultes, incluant les mères et les professionnels. Ces recherches ne permettent pas de saisir toute la diversité et la complexité des expériences vécues par les enfants. Cette tendance s’explique, entre autres, par le peu de valeur accordée au point de vue des enfants de manière plus générale.

Illes mettent en avant également, et à juste titre, que les enfants

ne sont généralement pas considérés comme des sujets ou comme des acteurs sociaux suffisamment compétents pour être en mesure de définir et d’expliquer leur réalité. Cette tendance peut être généralisée à la société dans son ensemble, où le point de vue des enfants est rarement écouté et entendu.

Les recherches sur l’exposition à la violence conjugale mettent en effet l’accent sur l’ampleur du phénomène, ainsi que sur les conséquences sur le développement des enfants et des adolescents. Cependant peu d’études se concentrent sur leur expérience.

Au printemps 2018 à Montréal, Simon Lapierre et Isabelle Côté nous présentent plus en détail un livre qui donne une voix aux enfants qui ont vécu de la violence conjugale.

Entre 2011 et 2017, illes ont rencontré et interrogé 59 jeunes, âgés de 6 à 18 ans, par l’intermédiaire de maisons d’hébergements pour femmes victimes de violences conjugales. Plusieurs enfants participant à ce projet de recherche, leur demandent de partager leurs histoires afin que le grand public découvre leur expérience.  Ils souhaitent également que d’autres enfants, qui vivent ce genre de situation, se sentent moins seuls, et que cesse la violence.

Le projet de réaliser un livre à destination de la jeunesse est alors né. Intitulé : « Il se prenait pour le roi de la maison ! Des enfants parlent de la violence conjugale. »,  il est publié aux éditions du Remue-Ménage à Montréal.

L’illustratrice Élisabeth Eudes-Pascal proposent que les paroles des enfants, recueillies par Simon Lapierre et Isabelle Côté, soient représentées par des animaux.

Ce livre s’adresse ainsi aux enfants de 9 à 12 ans (page 5)  :

Alors s’il t’arrive, par exemple, de voir ou d’entendre ton père être violent envers ta mère, tu sauras que d’autres enfants, d’autres jeunes, vivent aussi cette situation. Tu verras que ça peut t’aider énormément d’en parler avec quelqu’un en qui tu as confiance.

Simon Lapierre explique dans un entretien :

Les enfants, quand ils vivent dans un contexte de violence conjugale, ils sont isolés, ils pensent qu’ils sont les seuls à vivre cette réalité. Dans ce sens-là, le livre pourra permettre de réaliser qu’ils ne sont pas les seuls, et du coup, ça devient moins difficile, moins tabou d’en parler.

Il est cependant recommandé qu’un adulte accompagne l’enfant lors de la lecture de ce livre. En situation d’intervention en violence conjugale, cet ouvrage peut favoriser les confidences et outiller l’adulte qui aide l’enfant dans ce contexte.

Ce livre s’adresse donc aussi aux adultes (page 7)  :

Les enfants nous ont aussi demandé de partager leurs propos avec tous les adultes qui côtoient des enfants, pour qu’ils soient sensibilisés à cette réalité et qu’ils soient alors en mesure de mieux soutenir les jeunes de leur entourage.

Isabelle Côté précise :

C’est aussi un moyen de sensibiliser leur entourage, de permettre une meilleure compréhension de leur situation et de fournir des repères afin de mieux les appuyer. 

Au fil de courts récits, en bandes dessinées, nous découvrons comment ces enfants vivent les violences, puis comment ils sont amenés à les dévoiler. Les agresseurs sont des pères ou des beaux-pères. Les enfants retrouvent, après une intervention extérieure, un mieux -être dans leur vie, une fois mis en sécurité.

Le livre met en avant que la principale crainte de l’enfant est que sa mère soit tuée.

Extrait page 18 :

Des fois, ça allait trop loin…

Ils se chicanaient souvent, pis dans une chicane, j’ai entendu que mon père… il a fait des menaces de mort à ma mère.

J’avais peur que ma mère, elle soit morte, à cause qu’il la frappait tout le temps.

 

Une fois mis en sécurité l’enfant est enfin apaisé et est « capable de sourire, et de rire ».

Extrait page 34 :

Ben c’est sûr que maintenant, ma mère, elle pleure plus, pis c’est plus le fun l’ambiance ! (…)

Moi pis ma mère, ça a toujours été spécial, parce qu’on s’est tout le temps compris dans le fond.

Ma mère, c’est ma vie ça. Genre… tu la tues, tu tues moi too ! C’est elle qui me fait pomper le cœur. Moi pis ma mère, on est vraiment… enchaînés ensemble.

Parallèlement le collectif de recherche FemAnVi propose un outil favorisant la communication mère-enfant en contexte de violence conjugale. Il s’adresse aux plus petits comme aux plus grands, ainsi qu’à leur mère. Il peut être utilisée lors du séjour en maison d’hébergement ou suite à celui-ci. Il s’agit d’une boite aux lettres, elle permet de :

  • Briser le silence sur la violence conjugale ;
  • Créer un espace de partage (bidirectionnel) pour les femmes victimes de violence conjugale et leurs enfants ;
  • Favoriser l’expression des émotions ;
  • Mettre l’accent sur les aspects positifs de la relation et renforcer ces aspects positifs ;
  • Favoriser une reprise du pouvoir pour les femmes et pour les enfants.

Les voix des enfants, par l’intermédiaire de ce livre, « Il se prenait pour le roi de la maison ! « , ces « leçons de vie qu’on oublie pas », nous permettent d’illustrer nos interventions sur la violence conjugale. Nous l’avons par exemple mobilisé à l’Université de Bretagne Occidentale en juin 2018.

Ce sont elles et eux les expert.e.s de leur vécu.

Le Réseau International des Mères en Lutte

 

 

 

Mémoriam : John Flynn nous a quitté en février 2019. Il était l’un des membres fondateurs du Collectif de recherche FemAnVi. Il a contribué de manière significative à son développement et à sa visibilité.

 

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Violence conjugale et aliénation parentale

 

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Simon Lapierre et Isabelle Côté, du collectif de recherche FemAnVi, ont réalisé durant l’été 2015 une recherche afin d’évaluer les accusations d’aliénation parentale à l’égard des femmes victimes de violence conjugale. Cette étude qualitative et quantitative a été réalisée dans plusieurs maisons d’hébergement à travers le Québec, en partenariat avec le Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale. La Fédération des maisons d’hébergement pour femmes et Action ontarienne contre la violence faite aux femmes se sont jointes ensuite au projet.

Alors que les fondements théoriques et empiriques du concept d’aliénation parentale sont remis en question par plusieurs chercheur.e.s, ce concept est non seulement utilisé contre les victimes de violence conjugale au Québec mais le phénomène est même en augmentation. En effet, la recherche de FemAnVi a montré que les accusations ou menaces d’accusation formulées dans la dernière année de leur étude, représentaient près de la moitié de toutes les accusations ou menaces d’accusations formulées au cours des cinq années précédentes. Les accusations ou menaces d’accusations provenaient essentiellement des intervenant.e.s en protection de l’enfance, des conjoints ou ex-conjoints violents, et des intervenant.e.s dans le système judiciaire ou en droit de la famille.

Le Collectif de recherche féministe FemAnVi, le Réseau québécois en études féministes (RéQEF) et l’Institut de recherches et d’études féministes de l’UQAM ont organisé un colloque le 26 avril 2018 à Montréal intitulé « L’aliénation parentale : une menace pour les femmes et les féministes ? » à l’Université du Québec (UQAM). Les conférencières et conférenciers ont fait le point sur le concept d’aliénation parentale et ses manifestations en Europe et au Québec, tout en établissant des liens avec l’antiféminisme. Ce forum visait à lutter contre ce concept, éviter les dérives présentées par les chercheur.e.s européen.ne.s et à freiner celles observées au Québec.

Des capsules pédagogiques ont été réalisées lors de ce colloque, elles sont désormais accessibles sur le site du RéQEF, sur YouTube. Tout le forum n’a pas été capté ; des intervenant.e.s ont préféré ne pas être filmé.e.s. Les échanges avec la salle sont également restés confidentiels, des mères étaient présentes, leurs témoignages ont confirmé les constats des chercheur.e.s et intervenantes en maisons d’hébergement. Nos co-fondateurs Pierre-Guillaume Prigent et Gwénola Sueur ont réalisé une communication, sollicité.e.s par Isabelle Côté et Simon Lapierre. Ils ont réalisé une recherche exploratoire afin de mieux appréhender le phénomène.

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Voici les vidéos. Attention, elles peuvent être réactivantes.

  • Isabelle Côté et Francine Descarries ont ouvert le forum.
  • Mélissa Blais a ensuite présenté Richard Gardner, l’inventeur de cette pseudo théorie.
  • Gwénola Sueur et Pierre-Guillaume Prigent sont revenus sur l’histoire et l’usage du syndrome d’aliénation parentale contre les mères séparées et divorcées en France.
  • Marie Denis a fait le point sur la situation en Belgique.
  • Simon Lapierre et Patrick Ladouceur ont présenté une analyse documentaire et le point de vue d’experts sur la question.
  • Enfin des intervenantes en maisons d’hébergement ont montré que l’utilisation du concept l’aliénation parentale était une stratégie d’occultation de la violence masculine (Alexandra Vincent, Maison l’Escale pour Elle ; Clémence Champagne, Maison La Traverse ; Danielle Mongeau, Maison Dalauze ; Marie-Josée Lefebvre, Maison Unies-Vers-Femmes).

Le 28 août 2018, lors du huitième Congrès International des Recherches Féministes dans la Francophonie (CIRFF) à Nanterre, Michèle Frenette, Patrick Ladouceur et Simon Lapierre ont exposé de nouveau les résultats de leur étude, dont l’objectif général est d’analyser les discours et les processus par lesquels des femmes victimes de violence conjugale sont accusées d’aliénation parentale. Il s’agit d’un phénomène récent au Québec par rapport à d’autres pays comme la France où le concept est arrivé dans les années 90. L’accent a été mis sur les liens entre l’aliénation parentale et la violence conjugale, tels que présentés dans les politiques et dans les propos d’informatrices et d’informateurs issus des secteurs de la violence conjugale, de la protection de la jeunesse et du droit de la famille.

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Le lendemain, Manon Monastesse (directrice générale de la Fédération des maisons d’hébergement pour femmes) a réalisé une communication sur : « Quand l’aliénation parentale occulte la violence envers les femmes et leurs enfants : enjeux de reconnaissance de droit des femmes dans nos sociétés patriarcales ». Elle a montré comment les maisons d’hébergement doivent depuis ces dernières années faire face et s’adapter à la stratégie utilisée par les acteurs du système judiciaire au Québec, qui est d’invoquer le concept d’aliénation parentale afin de miner la crédibilité des femmes/mères violentées.

Réseau International des Mères en Lutte, 2018. Mail : reseauiml@netcourrier.com | Twitter : @reseauiml | Facebook : https://www.facebook.com/reseauiml/

Note du 7 février 2019 : le rapport rédigé par Isabelle Côté et Simon Lapierre (avec la collaboration de Francis Dupuis-Déri) est désormais en ligne. Il est intitulé L’aliénation parentale. Stratégie d’occultation de la violence conjugale ?

Note du 19 mai 2019 : une note de synthèse sur l’aliénation parentale a été envoyée à l’OMS. Elle a été rédigée par Linda C Neilson, Professor Emerita, University of New Brunswick,Canada,and Research Fellow of the Muriel McQueen Fergusson Centre for Family Violence Research composed this memo with the support and assistance of Joan Meier, Professor of Law, George Washington University Law School and Legal Director, Domestic Violence Legal Empowerment and Appeals Project (DV LEAP); Elizabeth Sheehy, Professor Emerita, F.R.S.C., O.O., University of Ottawa, Faculty of Law; Margaret Jackson, Professor Emerita, Director of the FREDA Centre on Violence Against Women and Children; Prof. Ruth Halperin-Kaddari, Professor at Bar-Ilan University Faculty of Law, Israel, Founding Head of the Rackman Center for the Advancement of Women at BIU and former Vice-Chair of CEDAW; Susan Boyd, Professor Emerita F.R.S.C., Peter A. Allard School of Law, University of British Columbia; Peter Jaffe, PhD, Psychologist & Professor, Academic Director, Center for Research and Education on Violence Against Women and Children, Western University, London ON, Canada; and Simon Lapierre, Full Professor, School of Social Work, University of Ottawa.

 

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Abusive Endings : Separation and Divorce Violence against Women (2017)

We invite you to read Abusive endings, which we have read since it was published in 2017.

Abusive

Written in a highly readable fashion, this book, Abusive Endings : Separation and Divorce Violence against Woment (2017) will be a resource for researchers, practitioners, activists, & policy makers.

It offers a thorough analysis of the social-science literature on one of the most significant threats to the health and well-being of women today—abuse at the hands of their male partners.

The authors, Walter DeKeresedy , Molly Dragiewicz and Martin D. Schwartz provide a moving description of why and how men abuse women in myriad ways during and after a separation or divorce. The material is punctuated with the stories and voices of both perpetrators and survivors of abuse.

Dr. DeKeseredy was awarded the American Society of Criminology’s Division on Critical Criminology’s Critical Criminologist of the Year Award in 1995. Most recently, Dr. DeKeseredy was awarded the 2008 Lifetime Achievement Award from the American Society of Criminology’s Division on Criminology.  Dr. DeKeseredy has authored or co-authored 15 books on topics such as woman abuse, crime on poverty in public housing, and women in conflict with the law.

Molly Dragewicz, is a criminologist. In Equality with a Vengeance : Men’s Rights Groups, Battered Women, and Antifeministe Backlash (2011) she investigated efforts by fathers’ rights groups to undermine battered women’s shelters and services, in the context of the backlash against feminism. She examined the lawsuit Booth versus Hvass, in which fathers’ rights groups attempted to use an Equal Protection claim to argue that funding emergency services that target battered women is discriminatory against men.

In 2018 she writes an other very interesting article (with Michael Salter, Jean Burgess and Bridget Harris) :  » Technology facilitated coercive control: Domestic violence and the competing roles of digital media platforms « . It describes domestic violence as a key context of online misogyny, foregrounding the role of digital media in mediating, coordinating, and regulating it; and proposing an agenda for future research. We have diffused this article on Twitter with the #TFCC.

Prof. Schwartz is a criminologist . Most of his publications are in the area of violence against women, including sexual assault, physical assault, sexual harassment, and child sexual assault.

Le Réseau International des Mères en Lutte

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La violence post-séparation: qu’est-ce que c’est ?

Afin d’outiller vos procédures et/ou vous guider dans la compréhension de ce que vous vivez ou de ce que vivent les femmes que vous soutenez, nous publions une série de fiches-outil.

Pour plus d’informations, des propositions d’interventions au sein de vos structures ou une demande d’un document en PDF nous contacter au : reseauiml@netcourrier.com

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Vous trouvez en cliquant ici la fiche-outil du CRI-VIFF .

[mise à jour]

En 2020 Patrizia Romito et Mariachiara Feresin publient une version condensée et mise à jour de l’article de 2011 de Patrizia Romito.

En ce qui concerne la nature des violences conjugales post-séparation elles expliquent :

« il semble bien que les violences conjugales post-séparation soient de la même nature que les violences conjugales, telles qu’elles ont été décrites et conceptualisées par Pence et Paymar et par Stark. Il s’agit d’un ensemble de comportements, caractérisé par la volonté de domination et de contrôle d’un partenaire sur l’autre, qui peuvent inclure brutalités physiques et sexuelles, abus psychologiques, menaces, contrôles, grande jalousie, isolement de la femme ainsi que l’utilisation des enfants à ses fins, par exemple, en les contraignant à espionner leur mère ou en menaçant la conjointe de lui enlever les enfants – et même de les tuer – en cas de séparation ».

Elles soulignent que « les motivations à ces violences peuvent être regroupées en trois catégories susceptibles de coexister et se superposer : représailles et vengeances, rétablissements de la situation de pouvoir et de contrôle et tentative de forcer une réconciliation. Les hommes qui pensent que la femme et les enfants leur appartiennent – une conviction que souvent sous entendent les violences conjugales – voient la séparation comme une trahison et un attentat à leurs droits qui justifient la vengeance et la punition de la femme allant jusqu’au meurtre de celle-ci ou des enfants. C’est d’ailleurs ce qu’un certain nombre d’entre eux affirment explicitement ».

Romito, P. et Feresin, M. (2020). Les violences conjugales post-séparation : le « parcours du combattant » des femmes et des enfants. Revue l’Observatoire, 2019(101), 14‑20.

Réseau International des Mères en Lutte, 2018.